Comment un réalisateur comme James Wong qui fut l'un des deux co-scénaristes brillants de la série TV "X-Files" ou à l'origine de l'excellent "Destination Finale" a t-il pu se planter et se compromettre avec une telle bouse ? Expliquons cela calmement.
D'abord, il faut savoir que sur "Dragonball Evolution" il n'était pas le maître absolu du projet. A Hollywood, surtout sur un film de studio, le réalisateur travaille avec les contraintes du studio, des producteurs, du budget et surtout du scénario.
Et justement le scénario, écrit par Ben Ramsey, s'éloignait énormément du manga. Ramsey a dit qu'il avait accepté le projet uniquement pour des raisons financières et non par passion pour Dragon Ball.
Ensuite, la FOX - qui à cette époque n'était pas encore la propriété de Disney - cherchait à produire un film destiné au grand public américain de la fin des années 2000. A cette époque, le succès des films pour ados comme Spider-Man, Twilight ou les adaptations de comics poussait les studios à transformer beaucoup de licences en teen movies. D'où le lycée américain, Goku amoureux de Chi-Chi, les brimades scolaires, etc. tout cela, évidemment, n'existe pas dans le manga.
De plus, le budget était étonnamment faible : environ 30 millions de dollars. Et pour adapter un univers aussi rempli de combats spectaculaires, de créatures, c'était plus que limité.
James Wong a expliqué qu'il voulait rendre l'histoire plus "accessible"aux spectateurs occidentaux qui ne connaissaient pas le manga. C'était bien sur une erreur fondamentale. Les fans, eux, voulaient justement voir Dragon Ball, pas une version occidentalisée.
Et le plus ironique, c'est que Wong avait montré qu'il savait gérer le fantastique. Il a coécrit la plupart des épisodes de la saison 1 de X-Files et il a réalisé Destination Finale, qui est devenu une franchise à succès.
En même temps, adapter un manga de Akira Toriyama est un exercice très particulier : humour absurde, aventure inspirée de la mythologie chinoise, des arts martiaux. Beaucoup de studios américains, à l'époque, pensaient qu'il fallait "corriger" les mangas pour qu'ils plaisent à un public occidental. On sait aujourd'hui que c'était une erreur, comme l'ont montré plus tard des adaptations beaucoup plus fidèles.
En résumé, dire que James Wong ait cherché à "trahir" Dragon Ball est très réducteur. J'ai plutôt l'impression qu'il s'est retrouvé à réaliser un projet où la vision du studio, un scénario déjà éloigné de l'oeuvre originale, un budget limité et la volonté de transformer la licence en teen movie ont complètement dénaturé ce qui faisait l'identité du manga.
Le résultat est devenu un cas d'école de ce qu'il ne faut surtout pas faire lorsque l'on adapte une oeuvre aussi emblématique. Et c'est d'autant plus frustrant que, vu le parcours de ce réalisateur sur X-Files et Destination Finale, on pouvait légitimement espérer mieux.