Le précédent film du réalisateur, Memory, était le tout premier que je visionnais de lui, et cela a été un de mes coups de cœur de l’année 2024. Le thème de la mémoire y était subtilement traité à travers l’histoire d’amour entre une femme — qui, du fait d’un passé traumatique, souffre d’en avoir trop — et un homme qui souffre de ne plus en avoir assez, puisqu’il est atteint de démence précoce.
Le couple Jessica Chastain–Peter Sarsgaard y fonctionne magnifiquement. Il y a des personnages secondaires très bien creusés (la fille adolescente empathique de la protagoniste féminine, la mère indigne de cette même protagoniste !). En outre, les dialogues servent en grande majorité à révéler indirectement les personnages, et leurs réactions étaient logiques et pleinement compréhensibles. Bref, j’avais vraiment aimé.
Ce qui a pour conséquence que la douche a été sacrément froide avec Dreams. Le long-métrage prétend aborder trois thématiques : la crise migratoire, le fossé entre les classes sociales et la danse. Mais aucune n’est un tant soit peu approfondie. J’ai eu l’impression d’un patchwork maladroit, de morceaux cousus de manière aléatoire, sans cohérence d’ensemble.
Cette impression est renforcée par une absence complète d’alchimie entre les deux acteurs principaux, Jessica Chastain (oui, encore elle !) et Isaac Hernández, ainsi que par une interprétation globalement médiocre. Les comédiens apparaissent atones, comme s’ils récitaient un texte au lieu de l’incarner, ce qui n’est évidemment pas aidé par des dialogues lourds, constamment explicatifs, faits pour dire les situations et les interactions plutôt que de les faire vivre. On marche en plein dans le "tell, don’t show", et pas du pied gauche.
Les personnages secondaires ne sont pas du tout approfondis (alors qu’il y avait, je pense, moyen de donner de la consistance au père et au frère de la protagoniste féminine, ainsi qu’au chorégraphe de ballet !).
Sinon, franchement, Franco aurait pu retirer les nombreuses séquences de sexe servant à rien, n’apportant rien, ne révélant rien —
y compris, tant qu’à faire, la scène de viol sortant de nulle part, répondant plus à une volonté de provoquer artificiellement qu’à une nécessité narrative.
Ce n’est pas comme si le temps employé à ces séquences n’aurait pas pu être utilisé d’une façon nettement plus utile, scénaristiquement parlant.
Sérieusement, j'aurais préféré — juste pendant les 100 minutes de cette merde — souffrir de la même chose que le personnage joué par Peter Sarsgaard ; ce qui m'aurait permis de l'oublier.