Deux juges, une tour verrouillée, des criminels à tous les étages. Dredd annonce son programme et se met au travail. En une heure et demie bien tassée, il rappelle qu’un film d’action peut avoir un scénario simple, une identité visuelle et suffisamment de nerf pour ne pas donner l’impression d’avoir déjà été vu quinze fois. Comme quoi, le problème n’a jamais été la simplicité. C’est ce qu’on en fait.
Après la version kitsch et nanardesque portée par Stallone, cette adaptation remet sérieusement les pendules à l’heure. Karl Urban conserve son casque, serre les dents et laisse son personnage occuper l’écran sans chercher à rendre le bonhomme plus aimable. Avec une bouche et un menton pour principaux outils de travail, il impose un Dredd autrement plus convaincant. L’amabilité ne figure manifestement pas dans le règlement intérieur.
Cette raideur fonctionne parce que le film sait quoi en faire. Dredd incarne une justice devenue procédure d’exécution, une autorité qui traverse les couloirs avec la souplesse d’un bloc de béton. Face à lui, la jeune recrue Anderson, interprétée par Olivia Thirlby, apporte un regard plus humain et une véritable possibilité d’évolution. Leur duo donne au récit le relief nécessaire sans interrompre l’action pour nous raconter trois générations de traumatismes.
Le scénario d’Alex Garland tient sur une idée limpide : une intervention tourne au piège dans un immense ensemble résidentiel contrôlé par Ma-Ma, la cheffe de gang incarnée par Lena Headey. Le contexte est posé rapidement, les enjeux se comprennent immédiatement et le décor fournit de quoi alimenter la suite. On sait où l’on est, ce qui menace les personnages et pourquoi il va être compliqué de sortir. C’est largement suffisant pour lancer la machine.
Et quelle bonne idée de rester à cette échelle. Mega-City One existe au-delà des murs, mais le film nous en fait découvrir un morceau plutôt que de transformer chaque dialogue en visite guidée de son univers. Cette tour devient un concentré de misère, de violence et de pouvoir criminel. Pour les habitants, c’est tout un monde. Pour Dredd, c’est une intervention particulièrement chargée.
La réalisation a surtout le mérite de donner une forme à cette brutalité. Le béton sale, les couloirs étouffants et la violence sèche trouvent un contraste saisissant dans les séquences liées au Slo-Mo, cette drogue qui ralentit la perception du temps. Avec la photographie d’Anthony Dod Mantle, les couleurs et les particules suspendues donnent aux images une beauté presque irréelle. Le film arrive à rendre une scène magnifique alors que ce qui s’y déroule est franchement dégueulasse. Voilà une contradiction visuelle autrement plus intéressante qu’un filtre gris posé pour annoncer qu’on fait du cinéma adulte.
Ces ralentis n’empêchent d’ailleurs pas le récit d’avancer. Dredd sait varier les sensations sans perdre son objectif de vue. L’action a de l’impact, les respirations restent courtes et le film ne prolonge pas artificiellement son séjour. Il entre, pose son univers, fait parler la poudre et repart avant d’avoir épuisé sa formule.
Tout cela reste volontairement limité. L’intrigue ne réserve pas de vertigineuses surprises et l’univers laisse entrevoir davantage de choses que le film n’en développe. On pourrait aussi souhaiter une satire plus mordante de cette justice autoritaire. Mais cette modestie narrative est bien tenue : Dredd connaît son terrain et l’exploite avec assez de personnalité pour que ses limites ne deviennent pas de la paresse.
Difficile, dès lors, de ne pas regretter qu’il n’ait pas rencontré un public plus large. Cette proposition avait de quoi donner envie d’une suite, précisément parce qu’elle réussissait déjà à exister comme un film complet. Il restait une ville à explorer, un duo à retrouver et une direction suffisamment affirmée pour justifier le retour.
Une série B brutale, stylée et efficace, bien supérieure à son prédécesseur. Dredd méritait largement une deuxième intervention. D’autres ont obtenu cinq suites pour moins que ça.