À ce stade, on pourrait arrêter de donner des noms aux personnages de Jason Statham. On gagnerait du temps. Ici, il s’appelle Cole Reed, mais il pourrait s’appeler Frank, Adam ou Monsieur Bourrepif : même passé de machine de guerre, même sens de la justice, même visage de type à qui l’on vient d’annoncer que sa commande de carrelage aura du retard.
Cette fois, notre homme est un ancien militaire et policier devenu garde du corps. Les deux, donc. Pourquoi choisir quand on peut empiler les qualifications pour bien nous expliquer qu’il est très dangereux ? Son patron est assassiné, il est accusé du meurtre et sa vengeance le conduit sur un cargo, sur fond de conspiration internationale. Voilà pour le scénario. Pour le reste, vous connaissez déjà les horaires de passage des baffes.
Mutiny reprend cette éternelle croisade du surhomme bourru qui protège les innocents en transformant tous les autres en mobilier démontable. Statham avance, distribue, élimine, recommence. Tout seul, évidemment. Sans paraître plus éprouvé qu’un homme venu relever son courrier. On attend presque qu’il regarde sa montre entre deux massacres pour vérifier qu’il pourra encore passer à la boulangerie.
Le problème avec cette invincibilité de série, c’est qu’elle finit par supprimer tout enjeu. À quoi bon aligner les menaces si elles donnent seulement l’impression de patienter avant leur démolition ? Le suspense se réduit à savoir quel objet servira à casser le prochain bonhomme. Cela peut suffire à quelques scènes. Pour porter un film entier, il faudrait un peu plus d’invention, de rythme ou de folie que cette livraison réglementaire de violence.
Et puis il y a ce visage. La colère, le deuil, la détermination : tout transite par le même froncement de sourcils, avec la discrétion d’une mise à jour mineure. On comprend qu’il souffre parce que le scénario nous l’explique. Heureusement qu’il est là pour faire les présentations. À force de verrouiller son héros dans une posture aussi immuable, le film lui retire jusqu’à la possibilité d’être intéressant entre deux coups.
Le cargo devrait au moins donner une identité à l’ensemble. Un espace fermé, des obstacles, un terrain à exploiter : il y aurait de quoi construire autre chose qu’un nouvel itinéraire de distribution de mandales. Mais changer le papier peint du film précédent ne constitue toujours pas une idée de cinéma. Ici, le copier-coller voyage par voie maritime.
Les adversaires n’arrangent rien. Ils fournissent surtout les corps nécessaires au bon fonctionnement de la chaîne. Difficile de faire exister un affrontement quand un seul personnage semble avoir reçu l’autorisation d’en sortir avec un peu de dignité. Les autres auraient pu être livrés directement en pièces détachées, cela aurait économisé du carburant.
On pourra toujours répondre qu’on sait ce qu’on vient chercher devant un Jason Statham. Justement : on le sait tellement qu’on aimerait, de temps en temps, trouver autre chose. Ou au moins retrouver la formule avec assez d’énergie pour oublier qu’on la connaît par cœur. Le cinéma d’action peut être simple, brutal, excessif et formidablement divertissant. La routine n’est pas une obligation du genre.
Mutiny mérite donc son 3/10 : un énième service minimum autour d’un héros programmé pour tout démolir sans jamais se dérégler. Statham ne s’essouffle pas. Sa formule, en revanche, n’a plus un souffle.