👉 17 juin : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Lors de mon premier bout de chemin avec Drive, je n'avais pas été totalement satisfait du voyage. Malgré de sérieux arguments, il n'avait pas su me conduire au septième ciel. Pourtant, au départ, j'avais été sacrément séduit. Il faut dire que ce film sait se mettre en avant : ambiance excellente, photographie à tomber par terre, bande son enivrante, réalisation soignée... Un bonheur et un régal de tous les instants. Mais alors que j'étais là à me délecter, soudain la déception a pointé le bout de son nez. A mi-parcours, un petit accident, rien de bien méchant, une petite panne sèche quoi, ça arrive même aux meilleurs. Tout ça pour ça ? Pour une aussi simple histoire de gangster, dans une explosion de violence très bien filmée certes, mais somme toute classique ? Vraiment ? Allons, tu me promettais tellement mieux, ton enrobage était parfait, pourquoi me sacrifies-tu ici sur l'autel de la frustration ?

"Drive, je crois que nous resterons amis, finalement" - ai-je dit en m'en allant.

Deux ans et demi plus tard, il est temps de laisser une nouvelle chance à ce petit film.
Force est de reconnaître que libéré de ma déception, sachant parfaitement à quoi m'attendre, mon appréciation fut bien meilleure ! J'ai pu être à fond durant tout le visionnage, sans jamais être déçu de ce que je voyais.

Une nouvelle fois, la réalisation de Refn m'a frappé au visage. Sa caméra est vraiment touchée par la grâce : par moment, on se sent vraiment planer, à l'air libre, tout en silence. Si l'image n'était pas aussi belle, on en fermerait presque les yeux pour profiter de la route, tellement on se croit présent dans ces voitures. La bande son joue ici un rôle primordial puisqu'elle colle parfaitement aux images, nous berçant encore un peu plus. On se sent bien. Certains plans comme ça seront gravés à jamais.

La force du silence, Refn l'a très bien comprise. Le silence dans Drive est là pour passer de nombreuses émotions, par la simple force du regard. La brutalité (ou la badass-attitude) se lira dans les yeux du Driver dans les scènes de violence, pas besoin de mot pour exprimer sa hargne. Mais l'amour, plus que tout, sera l'objet du silence. Jamais de mots, ou tardivement, que des regards qui parlent tellement plus que mille discours. A travers ces silences, Refn arrive à construire un amour fort, qu'on sent profond et pourtant si peu exprimé, compris de chacun, des protagonistes et de tous les spectateurs, un amour qui fait l'unanimité. Drive est loin d'être une belle histoire d'amour, mais il livre ici un amour franc, à travers de nombreuses scènes sans paroles.

Mais le silence est également là pour offrir une tension ahurissante. Ici, ce n'est pas le silence des mots qui pèse, mais le silence des sons et des musiques. Refn a très bien compris que l'absence de musique rendait l'ambiance lourde, nous plongeait comme les protagonistes dans l'attente, le doute. Il y a de grands moments de tensions hors du temps, le plus fort de tous étant cette fantastique scène de l'ascenseur.

Cette séquence de l'ascenseur est absolument ahurissante. Son génie a plusieurs niveaux. Premièrement, un génie de la tension, puisqu'on sait tous que l'homme de l'ascenseur est un tueur, et les deux protagonistes s'en doutent aussi. Le silence de l'observation, de l'attente que quelque chose arrive, que l'action décolle, mais il ne se passe rien, et plus les secondes défilent plus le stress monte... Refn a vraiment compris comment maîtriser un suspense, et c'est ici très parlant. Ensuite, c'est ce décalage extraordinaire entre la beauté et la violence, la pureté et la cruauté, un décalage qui frappe le spectateur en pleine face, et qui résume en une seule scène tout le film. Car tout le film n'est que contraste entre calme et fureur, gentillesse et méchanceté, le personnage du Driver est plein d'ambivalence et c'est ce qui le rend aussi fort, on ne le cerne pas, on a autant envie de lui faire un gros câlin parce qu'il est tout doux tout gentil que de le fuir parce qu'il est putain de flippant bordel. Gosling l'incarne d'ailleurs avec beaucoup de magnétisme.
Ainsi, la scène de l'ascenseur résume en quelques minutes un peu tout ça. Et c'est aussi un des plus beaux baisers que j'ai vu au cinéma, vraiment. Peut-être le plus beau même.

J'aimerais d'ailleurs exposer ma théorie sur cette scène. Une théorie qui m'a semblé être l'évidence même quand j'ai vu le film la première fois, mais je me suis aperçu en discutant avec de nombreuses personnes que j'étais le seul à avoir pensé ça. Maintenant, je ne trouve toujours pas ma théorie idiote, mais je comprends qu'on n'y croit pas.
Il m'a semblé que la scène du baiser était irréelle, imaginée par notre héros. En effet, pendant cette scène au ralenti, le temps semble s'être arrêté. Il l'écarte, prend son temps, ils s'embrassent, et plus rien ne semble exister. Pendant toute la durée du baiser, l'éclairage change, on est passé d'un environnement clair à un environnement tamisé, renforçant l'aspect sensuel. C'est cette différence d'éclairage qui me fait penser que cette scène n'est pas réelle, qu'elle s'est déroulée dans un coin de son imagination. En tout cas, elle dégage vraiment quelque chose d'irréel, de mystique, et c'est pour ça d'ailleurs que c'est un si beau baiser. Mais en plus de ça, j'ai un peu du mal à croire que le tueur pendant ce temps ne réagisse pas et ne voit pas le baiser, à moins qu'il attende tranquillement que bonhomme ait bouclé son affaire. Ca me parait étrange. Car sitôt que le baiser s'arrête, c'est le retour à la réalité, le retour à la violence.
Je ne sais pas si je me trompe, et honnêtement je m'en fous un peu, j'aime juste croire cela. Je trouve cette idée de baiser imaginaire pleine de poésie, et renforçant même la psychologie de notre personnage. Au milieu des fracassages de crâne à coup de pied, voilà à quoi il pense, voilà ce qu'il désire en sachant qu'il ne l'obtiendra jamais. J'en suis ému. Et puis, même si le baiser est réel, cette séquence reste d'une beauté infinie car le même contraste a toujours bel et bien lieu. Mais laissez-moi croire à ma poésie imaginaire.

Pour le reste, je pense toujours que c'est un film qui ne raconte pas grand chose, sans profondeur si ce n'est celle créée par cette relation amoureuse, qui fonctionne essentiellement par son magnifique enrobage. Mais qu'importe au fond, puisque justement c'est aussi maîtrisé ? Avec une telle histoire, Refn a réussi à créer un film fantastique, porté par une mise en scène et une photographie sublimes. Et ça nous transporte vraiment.
Certes après, ça ne vole pas plus haut qu'un autre film du genre en terme de scénario, mais le film dégage toutes sortes de sentiments que les autres ne font pas.

Le rapport à la violence est intéressant d'ailleurs. Je trouve certaines scènes gratuites, comme quand les mafieux massacrent un mec à coup de fourchette dans l'oeil. Bof, ça me fait rien, je trouve ça super cliché, d'ailleurs les mafieux le sont à mort et quand ils sont au centre de l'action c'est là que le rythme ralenti car la qualité baisse. Mais la violence ici est dure, froide, on n'est pas en train de s'exciter devant un film badass quand Driver tue tout le monde. Au contraire, sa violence nous choque. Le film n'a pas pour but de nous montrer que tuer tout le monde c'est trop marrant, et n'est donc pas du tout dans l'optique des films actions des années 80. Dans ces scènes de violence, plutôt que de ressentir de la colère quand les méchants tuent ou de l'excitation quand le Driver tue, j'ai surtout ressenti beaucoup de tristesse. A travers cette réalisation froide et brutale passe beaucoup d'empathie envers les souffrants. Nous renvoyant alors vers la réalité de la violence en la personnalisant.

En dépit des petits trucs que j'ai à lui reprocher quand même, il faut reconnaître que Drive est un film à part, transporté par la virtuosité de son réalisateur qui a vraiment su créer quelque chose avec ce film. Il s'en dégage une forte mélancolie. C'est un film qui ne marquera pas pour son scénario, mais pour bien d'autres choses, et quand ça nous entraîne il faut que ce soit félicité.
GagReathle
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur et l'a ajouté à ses listes Ou ce que j'ai fait dans les salles obscures, 2014 : Un avis pour chaque film vu ! et Les meilleurs films de 2011

il y a 8 ans

152 j'aime

32 commentaires

Drive
Knikov
2
Drive

J'ai du rater quelque chose

Non mais c'est une blague ? C'est quoi cette presse unanime ? ce prix de mise en scène ? On a vu le même film ? Alors certes, ce n'est pas MAL fait. Mais j'ai l'impression d'être a des kilomètres du...

Lire la critique

il y a 10 ans

251 j'aime

197

Drive
drélium
5
Drive

Dry

Une masse du public en extase, une presse dithyrambique, une moyenne SC indolente, un paquet d'éclaireurs divers et variés quasi unanimes en 8 et 9. Même le projectionniste avant la séance me sort un...

Lire la critique

il y a 10 ans

195 j'aime

85

Drive
GagReathle
8
Drive

You're driving me crazy

Lors de mon premier bout de chemin avec Drive, je n'avais pas été totalement satisfait du voyage. Malgré de sérieux arguments, il n'avait pas su me conduire au septième ciel. Pourtant, au départ,...

Lire la critique

il y a 8 ans

152 j'aime

32

Drive
GagReathle
8
Drive

You're driving me crazy

Lors de mon premier bout de chemin avec Drive, je n'avais pas été totalement satisfait du voyage. Malgré de sérieux arguments, il n'avait pas su me conduire au septième ciel. Pourtant, au départ,...

Lire la critique

il y a 8 ans

152 j'aime

32

Interstellar
GagReathle
8
Interstellar

Le vrai problème d'Interstellar.

J'ai lu bon nombre de critiques sur le dernier film de Christopher Nolan et j'ai pu ainsi constater que beaucoup de détracteurs s'appliquaient à chercher les moindres défauts du film, les moindres...

Lire la critique

il y a 7 ans

130 j'aime

59

Fight Club
GagReathle
9
Fight Club

Il est temps d'enfreindre les deux premières règles

Objet d’un véritable culte, Fight Club a marqué les esprits de nombreux spectateurs et a su s’imposer en tant que film quasi-ultime auprès de toute une culture. Du moins, c’est ainsi que je l’ai...

Lire la critique

il y a 8 ans

124 j'aime

24