Parcours initiatique d'un shérif en herbe.

Malgré son titre qui sonne très western de série B (c’était une mode en France à cette époque de donner des titres lambdas et aguicheurs n’ayant aucun rapport avec le schmilblic), Du sang dans le désert est tout sauf un nième film bas de gamme qu’Hollywood produit à la pelle à la fin des années 50. Son titre américain, The Tin Star – littéralement « l’étoile d’étain », faisant référence à l’étoile du shérif – est d’ailleurs bien plus parlant.

Moins connu que les grands classiques du réalisateur Anthony Mann, issus notamment de sa collaboration avec James Stewart (Winchester 73, L’Appât, L’Homme de la plaine), Du sang dans le désert n’en reste pas moins un petit bijou excellement bien réalisé et filmé.

Le scénario, bien ficelé et resserré en tout juste 1h30, n’est pas le plus inventif : il reprend tous les poncifs du genre, du chasseur de prime vieux loup du désert au chétif shérif inexpérimenté, des vilains brigands aux pistoleros plus rapides que leurs ombres.

Dès la première scène, le ton est donné. Un homme en noir portant un cadavre sur son cheval entre d’un pas assuré dans une petite ville d'apparence sans histoire, avec l’intention d’y collecter la prime de capture « mort ou vif ». Cet homme, c’est Morg Hickman, ancien shérif désabusé, mais fine gâchette de l’Ouest. Un homme éprouvé et las de la violence du Far West. Il y rencontre son archétype opposé, le frêle shérif Ben Owens campé par Anthony Perkins, jeune et trop doux pour le poste qu’il occupe comme il peut.

Morg décide – un peu malgré lui car il attend d’être payé de la prime qui lui est due – de prendre sous son aile ce gringalet qui semble bien à la peine pour protéger la ville d’un notable riche et tyrannique qui entend adapter la loi à sa sauce. Les enjeux du long métrage se dessinent rapidement : au western classique s’ajoute une dimension de transmission paternaliste, presque de rite de passage.

Le personnage de Morg Hickman est magnifiquement interprété par le charismatique Henry Fonda, que l’on retrouve ici avec plaisir dans l’un de ses plus grands rôles. Autour de ce duo de choc gravitent des personnages coutumiers du western : la jolie institutrice – remarquablement interprétée par Betsy Palmer, actrice familière des films de John Ford (Ce n’est qu’un au revoir, Permission jusqu’à l’aube) ; et le jeune et fougueux orphelin, dont la candeur émeut notre fin pistolero.

Et puis il y a Lee Van Cleef qui joue un vaurien, donc ça ne peut être que réussi !

Deux grandes qualités font la force de ce Du sang dans le désert. Tout d’abord les grands espaces, magnifiquement filmés sous l’œil d’Anthony Mann, notamment ces amas rocheux qui donnent lieu à un gunfight classique mais assez jubilatoire. D’autre part, le beau noir & blanc, qui donnent à ces espaces une profondeur et une élégance rare.

Moins connu que ses films cultes, Du sang dans le désert prouve par l’intensité de son intrigue, par sa mise en scène classique mais maîtrisée au cordeau, et par la présence de ses acteurs principaux, qu’Anthony Mann est bien l’un des maîtres incontesté du western américain. Un petit bijou !

D. Styx

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