Il y a quelque chose de formidable dans le cinéma : un film raté peut parfois être beaucoup plus intéressant à analyser qu’un bon film.
C’est le cas de Dune de David Lynch.
On a le droit d’aimer ce film, on a le droit de ne pas l’aimer. Mais Dune n’est pas une adaptation réussie. Même David Lynch n’était pas particulièrement satisfait du résultat. Il faut dire que Lynch possède un univers très particulier et que Frank Herbert, avec ses livres, avait lui aussi créé un monde d’une incroyable complexité.
Le mélange des deux univers donne un space opera étrange, baroque, parfois franchement bizarre.
Lynch tente d’adapter cet univers avec son propre regard. Et cela donne un film difficile à suivre, parfois difficile à comprendre, mais traversé par des scènes absolument démentes. On a parfois l’impression de regarder un immense patchwork de séquences qui semblent ne pas avoir grand-chose à voir les unes avec les autres.
Et pourtant, c’est justement ce qui rend le film fascinant.
Lynch s’amuse avec son casting. Il ose des choix étonnants, des gueules, des personnages extravagants. Il semble peut-être moins à l’aise avec les effets spéciaux et les contraintes du space opera, mais il ose. Et rien que pour ça, son Dune mérite qu’on y retourne.
J’ai vu le premier Dune de Denis Villeneuve et je l’ai trouvé très « sage », presque trop propre, et surtout peu aimable.
Chez Lynch, il y a de la couleur, du rock, de l’humour, du grotesque et une folie permanente. Son film déborde de partout.
Je l’aime comme on feuillette un vieux livre illustré. Je regarde une scène, je m’attarde sur une autre, je peux même me détourner de certaines séquences. Je n’ai pas forcément besoin de tout comprendre.
Mais je ressens cette jubilation étrange, cette sensation de découvrir quelque chose qui n’appartient qu’à son auteur.
Et cette jubilation-là, peu de cinéastes sont capables de la provoquer comme David Lynch.