C'est je crois le premier long-métrage de fiction de ce réalisateur, qui se paye l'excellent Benoît Magimel en tête d'affiche. Ce dernier se joue très bien lui-même, un peu comme dans Pacifiction, avec cette retenue désabusée, nonchalante... Il porte et incarne une idée, que l'on comprend rapidement plus vertigineuse que ce qu'elle semble être de prime abord.
La réussite du film est de ne pas tomber dans l'esthétisation carte postale, dans une sorte de visuel clipesque d'1h 30 comme c'est bien trop souvent le cas avec les cinéastes récents qui posent leur caméra dans un lieu précis, croyant que parce qu'ils filment de l'exotique l'image le sera du même coup, et qu'il s'en dégagera une cinématographie.
Là, l'atmosphère est due à la fois à la très bonne maîtrise du cadrage, qui va de paire avec le montage, et à la qualité de la bande-sonore, sorte de glitch villeneuvien pas trop vulgaire non plus, mais qui pose admirablement le cadre dérangeant de la "menace", hors-cadre, jamais réellement définie mais qui métaphoriquement pourrait être rapprochée d'une sorte de lutte contre le deuil et du désir d'oubli.
Tout n'est pas parfait, et je pense d'abord que le film aurait gagné à être plus long, encore plus posé, contemplatif, pourquoi pas aller dans le virtuel à pieds-joints comme l'a récemment expérimenté le très bon Les Etendues imaginaires de Siew Hua Yeo.
Ici c'est made in France, certes, mais cela prend pour cadre la vitalité saoudienne en lieu et place de la métropole singapourienne. Dubaï, ville-sable, ville sortie du sable, construite par le sable... Magnétique et hautement cinématographique, loin du pimpant lourdingue des influenceurs et loin, aussi, du larmoyant des travailleurs immigrés rappelé ad nauseum, dont deux exemples naturels et objectivement "purs" sont ici les représentants. Nouveau Monde pétrolier versus Ancien Monde délavé ?
Une chose est sûre : Samuel Doux : à surveiller !