Je crois qu'il va falloir créer un nouveau genre car sous les traits de la simple fiction ou de l'horreur (je pense à "The Substance" notamment), un courant en vogue bat son plein depuis quelque temps. L'air de rien ce type de films à mystère dits de fiction, porte essentiellement le marque d'un symbolisme très fort. Ici certains seront frustrés, d'autres se seront déléctés. Mais rien n'est explicite dans ce genre de film, tout est suggéré. Et il y a fort à analyser quand on regarde Dune Dreams comme un objet d'art portant ce fort soupçon d'anagogisme.
Qu'a voulu laisser percevoir l'auteur au travers de tous ses choix ? Le lieu où ça se déroule ? Le contexte du deuil ? Les personnages ? La relation père-fils ?
Allons-y...
Le choix du lieu géographique qui fait lui-même partie de la symbolique qui se dégage du film n'est pas anodin. On est immergés dans ce cadre de perfection-artificiel qui évoque déjà en soi l'ambivalance.
Ce contexte du deuil d'un être cher est probablement l'un des moments les plus difficiles à gérer mentalement. Dans des cas extrêmes, la dissociation de la personnalité peut être le seul échapatoir pour l'âme meurtrie qui le vit. Il est donc clairement abordé ici le thème du dédoublement, et pour cause... Mais nous l'avons vu plus haut, si le personnage bis tue ou prend la place du 1er sans que cela puisse avoir un sens rationnel, c'est bien sûr à comprendre sous l'angle de la fiction car le choix du genre filmographique n'est qu'un support artistique, et c'est tout aussi clair que la volonté de l'aborder, cet art, en usant de paraboles.
Le rôle principal, auparavant une personne stable professionnellement, chirurgien ayant pu se permettre, à ce moment de sa vie, de partir exercer à l'autre bout du monde, aux antipodes de ce qu'il connaissait. La perte de repères qui est illustrée par ce fait d'aller délibérément s'installer loin de tout ce qui peut nous rattacher à des racines, une culture, un climat, un environnement, est très présente, voire pesante, et c'est voulu. Les personnages secondaires sont tous également des déracinés (volontaires) qui ont fait le choix de quitter de forts ancrages (l'infirmière et le gardien ont laissés derrière eux leurs enfants pour venir vivre dans ce cadre de perfection / artificiel). Ils sont en proie à leurs démons et ne se supportent plus jusqu'à ce que leur être bis les remplacent. Et c'est toujours lorsqu'ils veulent faire marche arrière que la sentence tombe. Le message ici est qu'un choix n'est jamais révocable. Dans ce cas, l'âme sera perdue au profit d'un double vidé de sa substance (tiens on y revient).
Un père et son fils : Encore un choix bien réfléchi car il s'agit ici de mettre en lumière (claire obscure bien sûr la lumière) le gouffre générationnel qui peut submerger une relation père-fils pourtant pleine d'amour et de respect. Finalement le personnage central était le fils. Lui n'aura pas besoin de se dissocier pour affronter son destin. Il est à sa place entouré de ce monde qui a finalement tout laissé derrière. D'ailleurs le moment est fort quand Camille dit qu'il ne retournera pas en arrière.
C'est bien cela qui reste en suspens à la fin. Certains auraient aimé en savoir plus, comprendre la morale. Point de morale dans ce symbolisme. On suggère, on soulève le voile et des questions auxquelles chacun répondra en son fort intérieur à la hauteur de ce qu'il est capable de lire dans l'obscurité. La fin est un peu un aveu car selon ce que vous évoque les dernières images, une réponse se fait jour. Pour moi c'est tout vu.