Je dois avouer que je redoutais ce visionnage... Je voulais vraiment y aller, parce que c'est Nolan, que j'adore ce mec, et rien que pour le fait que le film s'appelle Dunkerque. Si David Fincher réalisait "Tourcoing" ou "Cambrai", je me précipiterais dessus tout pareil.
Mais j'avais un peu peur aussi. Peur d'être déçu par un film très bien réalisé mais relativement linéaire et assez oubliable. Je voyais mal ce que Nolan pouvait faire d'un film de guerre.
Le visionnage de Dunkerque m'a donné raison.
L'avis ci-dessous est personnel - je le précise parce qu'en général, Nolan déchaîne assez facilement les passions. Il reflète ma vision de ce film, avec mes jugements, et ne tient en aucun cas d'une vérité générale.
Dunkerque est un film de guerre qui retrace les vingt quatre heures de l'opération dynamo qui a consisté, pendant la seconde Guerre Mondiale, à rapatrier les troupes britanniques en Angleterre depuis la mer, alors qu'elles étaient acculées à Dunkerque et encerclées par les Allemands. Nous suivons différents personnages de différents corps d'armée ou même des civils, qui vont se croiser pendant cette opération.
Je n'avais pas peur de la réalisation, ce n'était pas le problème. Et en effet, c'est très esthétique. Nolan (qui a tourné sur les véritables plages de Dunkerque) sait manier des visuels très forts et c'est encore le cas ici. C'est esthétisé, les plans sont bien foutus, et au niveau visuel, il n'y a presque rien à redire. Si ce n'est que pour un film de guerre, c'est extrêmement lissé. A peine une goutte de sang quand une bombe lâchée par la Luftwaffe explose sur un brave à quelques mètres d'un des personnages. Quitte à faire un film de guerre, et à vouloir être réaliste, autant assumer jusqu'au bout et passer son film en -12...
Mais globalement, tout fait montre d'un souci du détail impressionnant. Les mouvements des agglomérats d'écume, les quelques petits tourbillons de sable, les nuages - tout transpire le froid mordant du littoral et l'humidité et le sel incrustant les combinaisons.
Cette atmosphère particulière est renforcée par une BO très soignée, stressante et sobre. Hans Zimmer, qui prend assez rarement des risques, réussit ici à composer quelque chose de cohérent et pertinent sans donner dans l'extravagant.
Ce qui me dérange un peu plus, c'est que le génie de Nolan en terme de construction scénaristique n'a pas tellement matière à s'exprimer ici. Le film est relativement linéaire. Nous avons deux timelines qui se recoupent assez rapidement. Mais le synopsis est assez plat. Il faut retirer les troupes britanniques avec l'aide des bateaux civils. "C'est tout", j'ai presque envie de dire. Alors oui, ça gueule dans les chaumières parce qu'on "ne parle pas des français qui se sont sacrifiés", parait-il. Il en est fait mention, oui (et ils étaient en train de défendre la ville, et non sur la plage, pour la plupart d'entre eux), mais le film se focalise étroitement sur la fuite des britanniques, ça a été présenté comme ça. Donc calmez vos ardeurs patriotiques, prenez un Lexomil et continuons.
Le fait que Nolan fasse autre chose que ce que j'attendais ne me dérange pas. J'aime les réalisateurs qui osent. Lorsque Fincher a fait L'Etrange Histoire de Benjamin Button, j'ai beaucoup aimé, bien que je ne m'attendais pas à ça de lui.
Mais là, il faut avouer que, bien que bien réalisé et portant sur un épisode qui n'avait pas été abordé depuis plus de quarante ans, il ne fera pas spécialement date. Il ne suscite pas grand chose. Pas de développement des personnages, une succession bien filmée de scènes de fuite, mais rien de plus.
Pendant les premières quinze minutes, c'est à peine si l'on entend une voix. On suit un jeune britannique dont j'ai oublié le nom, qui croise un autre soldat dans sa fuite, mais ils ne parlent jamais. Alors oui, on tente d'expliquer ça dans le scénario, mais ça reste difficile de s'attacher à des personnages muets.
De l'aviateur joué par Tom Hardy, nous ne savons rien, si ce n'est que sa réserve de kérosène percée au bout de trente minutes va forcément entraîner un dénouement pas franchement bucolique (fusil de Tchekov rpz). Et les quelques phrases au travers d'un casque d'avion n'aide pas créer une véritable empathie et donc à ressentir quoi que ce soit quand celui-ci se présente.
On peut dire cela de tous les personnages. Pas d'empathie, des enjeux très ponctuels dans le temps et l'espace, voila ce qui empêche le film de réellement briller.
Il Faut Sauver le Soldat Ryan était mille fois plus poignant, parlant, évocateur, efficace et réaliste.
Au final, ce film mérite d'être vu une fois, mais pas nécessairement une deuxième. Et ça me fait mal au cœur de dire ça d'un film de celui qui a fait Memento, Inception ou Interstellar...
Et donc, Dunkerque est à l'image de ses plages.
Belles, oui, mais plates.