Maintenant, je ne peux plus vraiment dire que je ne connais pas Christopher Nolan … Après avoir vu "Interstellar", c'est au tour de "Dunkerque", sujet qui, potentiellement, est censé m'intéresser.
Tout ça pour aborder "Oppenheimer", dont le sujet m'intéresse aussi, que j'ai loupé au cinéma … en attendant le DVD qui ne devrait pas tarder.
Pour continuer dans les préliminaires, j'aime beaucoup le film de Verneuil "Week-end à Zuydcoote" qui traite aussi de la tragique histoire de la poche de Dunkerque en mai 40 où les armées britanniques, françaises et belges étaient assiégées en attendant une problématique évacuation vers l'Angleterre. Et donc, inévitablement, je vais devoir mettre en perspective les deux films. Je compte revoir une nouvelle fois le film de Verneuil et vérifierai que la notation que j'ai attribué à ma critique sur SC est bien pertinente. Je serai peut-être amené à en réajuster le texte …
Ce qui ne va pas me simplifier la vie, c'est que les deux films ne parlent pas complètement de la même chose. Plus exactement, le film de Verneuil évoque la vie précaire d'un groupe de soldats français et l'évacuation difficile de soldats prioritairement britanniques. Il n'y est pas vraiment question de l'évacuation des français sauf de quelques volontaires. Le film de Nolan, lui, est quasiment exclusivement consacré aux grandes difficultés rencontrées par l'armée britannique pour évacuer Dunkerque et de faire partir sans dommages les bateaux chargés de soldats.
Un premier point commun des deux films, c'est l'absence physique de l'armée allemande qu'on ne voit qu'à travers les bombardements à distance et les bombardements de la plage et des navires par l'aviation.
La principale différence scénaristique, c'est que Nolan ne s'intéresse pas ou peu aux individualités qui composent le casting. À l'exception toutefois du "capitaine" du bateau de plaisance qui se dévoue pour aller chercher et évacuer des soldats pris au piège de Dunkerque ou des bateaux coulés par les bombes et torpilles. Et encore, le personnage n'est qu'esquissé. Tandis que chez Verneuil, c'est tout-à-fait le contraire conférant au film une haute valeur humaniste.
Oui, finalement, on peut dire que le film de Nolan privilégie l'action. Même si celle -ci est désespérée. Et peut-être qu'à force de ne me montrer que des gens en situation désespérée, il s'éloigne un tantinet de l'aspect historique. Car s'il est vrai que toute sorte de bateau fut réquisitionnée pour cette opération, que plusieurs bateaux chargés de soldats coulèrent, il est tout aussi vrai de dire que plus de 300000 soldats essentiellement britanniques (mais pas que) furent évacués. Ce que, d'ailleurs dévoile, de façon impromptue, le film de Nolan à la toute fin dans une larmoyante conclusion moraliste pas du tout dans le ton de l'ensemble du film.
La mise en scène est plutôt réussie car certains plans sont très réalistes et bien filmés. Je n'ai pas l'impression que Nolan abuse du numérique. J'en veux pour preuve que ce sont de vrais avions qui semblent voler, ce sont de vrais bateaux et la plage, la Manche semblent aussi bien réelles.
D'ailleurs quelques images m'ont bien amusé : on voit des maisons à l'arrière-plan de dunes dont le style est nettement récent (toitures, velux, …) et un peu plus tard, il y a une vue des quais du port de Dunkerque avec des maisons dont on jurerait qu'elles ont un beau bardage coloré (peut-être même en plastique), là encore pas vraiment dans le style d'avant-guerre. Cela n'a pas vraiment d'importance sinon pour "authentifier" la qualité du tournage non numérique (Ah, c'est terrible un DVD car on peut faire des retours, des plans fixes de certaines scènes dont on ne verrait pas les détails en salle …)
Je passerai aussi sur le nombre faible des figurants sur les plages. Heureusement, Nolan a bien regroupé ses troupes sur la jetée qui semble, elle, bien remplie (un peu comme les journalistes qui font des plans serrés des manifs pour impressionner le téléspectateur alors qu'il n'y a degun) …
Je passerai aussi sur l'avion qui, à sec et en vol plané, longe gentiment la plage, en profite pour dessouder un avion allemand (suicidaire venu juste sous sa ligne de mire) sous les applaudissements des gens sur la plage et parvient à se poser gentiment un peu plus loin …
Simplement pour conclure, je pourrais dire que je trouve aussi une certaine analogie entre les deux seuls films de Nolan que je connaisse.
De même que dans "Interstellar", on passe la totalité du film dans une incertitude noire, des affres terribles et une angoisse du spectateur sans limites, avant de torcher une conclusion vite faite sur le gaz. Dans "Interstellar", c'est l'équation bi tordue qui trouve sa solution en deux temps, trois mouvements, sauvant définitivement le monde, dans "Dunkerque", c'est le petit bateau de plaisance qui remplit sa mission alors que tous les gros bateaux semblent avoir coulé.
Est-ce que le petit bateau de plaisance a, lui tout seul, réussi à évacuer 300000 personnes ? J'ai juste un peu de mal à le croire…