Tourné en Italie au plus près des lieux historiques qui l’inspirent, «Échec à Borgia» (1949) est un film de cape et d’épées qui dépasse le simple cadre du spectacle pour s’ancrer dans une réflexion politique ambitieuse.
Cette œuvre marque la huitième collaboration entre l’icône Tyrone Power et le vétéran King Vidor, un partenariat artistique qui comptera à terme douze films en vingt-trois ans. Si Power était réputé volage en amour, il affichait une fidélité remarquable derrière la caméra, retrouvant aussi à cinq reprises Henry Hathaway. Ici, Vidor orchestre une intrigue moins portée sur la romance que sur les conflits d’idéaux et les manipulations du pouvoir.
Le film doit une grande partie de sa force à sa distribution masculine. Tyrone Power incarne avec fougue le héros idéaliste, mais c'est Orson Welles qui vole la scène en César Borgia. Il campe un tyran d’une intelligence redoutable et d’une présence magnétique, évitant tout cabotinage pour créer un adversaire à la hauteur de sa légende. Il est épaulé par deux prestations remarquables : le New-yorkais Everett Sloane (déjà vu chez Welles dans «Citizen Kane» et «La Dame de Shanghai»), apportant une intensité nerveuse et moderne, et le très shakespearien et britannique Felix Aylmer, qui donne au récit une gravité et une dimension presque tragique.
C’est précisément autour des consciences humaines et des dilemmes politiques de ces personnages que Vidor construit son récit. L’affrontement ne se réduit pas à un duel d’épées; il oppose des visions du monde, entre cynisme machiavélique et quête de justice. Cette profondeur narrative, servie par des décors naturels somptueux et une mise en scène dynamique, fait de ce film l’une des réussites les plus solides et les plus intelligentes de la filmographie de King Vidor.