Il y a des projets qui ont tout pour eux et qui, une fois terminé et à l’épreuve du visionnage, se révèlent bien moins réussis et passionnants qu’attendus. « Eden » est clairement de ceux-là. Et c’est probablement ce qui explique en partie qu’on a plus entendu parler du film pendant des mois après sa projection au TIFF de Toronto il y a un an et les retours mitigés qui ont suivi. Après avoir trouvé un petit distributeur, sa sortie a été sacrifiée aux Etats-Unis le mois passé sur moins de mille salles (alors qu’un film de la sorte sort sur une combinaison de copies triple en général) et il n’a pas été plus de deux semaines à l’affiche. Pire, aucune date de sortie en salles ou en VOD n’a été annoncée en France ou au Canada et il faut aller le voir en Belgique pour en profiter sur un territoire francophone. Les aléas de la distribution pour un long-métrage qui ne méritait pas un tel sort.
Et pourtant, « Eden » avait tout pour lui. D’abord, son réalisateur, à défaut d’être un auteur de chefs-d’œuvre ou un cinéaste incontournable, est l’un des artisans les plus fidèles et honnêtes d’Hollywood. En effet, Ron Howard est vieux de la veille à qui l’on doit des films cultes comme « Apollo 13 » ou « Willow », des films à récompenses tel que « Un homme d’exception » avec ses nombreux Oscars et de gros succès populaires à l’instar de « Da Vinci Code » ou « Le Grinch ». De mémoire, et même si ces derniers films pour des plateformes ont été moins marquants, l’auteur n'avait jamais subi une si maigre exposition. Surtout que le sujet est passionnant et tiré d’une histoire vraie puisqu’il raconte la fuite du fascisme par des colons allemands sur les îles Galapagos qui vont finir par s’entretuer en cherchant le « Paradis sur terre ». Et que dire du casting quatre étoiles composé de la star Jude Law, de l’acteur allemand le plus connu à l’international (Daniel Brühl) et d’un trio d’actrices parmi les plus en vue à Hollywood actuellement : Vanessa Kirby, Sydney Sweeney et Ana de Armas.
Bref, tout était réuni pour concocter un grand film d’aventures dramatiques aux thématiques fortes. Et quand les attentes sont si élevées et que l’emballage est si prometteur, le risque d’être déçu en est d’autant plus grand et c’est effectivement le cas pour « Eden ». Pas que le film soit un navet ou qu’il soit complètement raté, juste qu’il est loin de tenir ses grandes promesses à force de mauvais choix et d’une quantité de défauts non négligeables. Du côté des bonnes choses, on retiendra quand même de superbes images sépia de la part du directeur de la photographie Mathias Herndl qui magnifient les décors paradisiaques de ces îles reconstituées pour l’occasion dans le Queensland australien. Les teintes kaki de l’image et une mise en scène ample rendent le tout particulièrement agréables à l’œil. Ensuite, quelques séquences tendues parsemées sur les deux heures du film (un brin trop long) permettent de ne pas rendre la projection trop contraignante.
Si ce n’est cela, « Eden » peine à nous captiver et nous donner l’impression d’être concernés par le sort de ces personnages entre naufragés et exilés volontaires. Parfois, on serait presque dans une télé-réalité du passé si le concept existait tant leurs préoccupations et problèmes apparaissent peu intéressants. La manière dont Howard et le scénario amènent les protagonistes est maladroite et leurs interactions semblent forcées. Et, plus étonnant, tous ces grands acteurs semblent mal dirigés et sont à deux doigt de jouer faux (Ana de Armas surtout, presque exaspérante en pimbêche obstinée) mais aussi Jude Law ou alors ils sont trop en retrait comme Vanessa Kirby. Les différends entre les personnages sont mal développés et on a du mal à saisir leurs desseins. Quant aux nombreuses thématiques de grande envergure qui auraient pu être fouillées, elles sont juste survolées que ce soit le nazisme, la vie de Robinson, la notion de liberté en passant par certaines données théologiques. Quant à a morale qui veut l’homme est un loup pour l’homme, elle est tristement prévisible. Une grosse déception.
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