Edge of Tomorrow par 0eil
La Terre est envahie. Enfin, la Terre. L'Europe, essentiellement, puisque les Extraterrestres ont cru bon de reproduire la seconde Guerre Mondiale, allez comprendre, en envahissant promptement notre bon vieux continent, mais en hésitant quand même à aller chez les grand-bretons. On les comprend, la bouffe y est dégueulasse. Enfin, c'est bien gentil, tout ça, mais du coup, une nouvelle grande coalition de pays décident de se préparer pour aller frapper directement le long des côtes françaises (again), dans un D-Day back de bon aloi. Et comme on est plus en 40, il faut bien la vendre, cette guerre et ça, c'est le rôle du Commandant William Cage des Forces Unies (ou quelque chose dans ce goût). Cage apparaît sur chaque écran pour expliquer à l'humanité que la nouvelle armure/harnais qui transforme un péquin moyen en soldat aura raison des aliens, les fameux "Mimics", jusqu'à ce qu'un général un peu débonnaire lui explique qu'il va finir en bouc-émissaire pour toutes les morts du débarquement en approche et qu'il va,du coup, débarquer avec ses armées. De gré ou de force, il va sans dire. Heureusement, Cage a un atout dans sa manche : quand il meurt, il recommence le jour, bim. Ca aide.
Premiers pas dans l'univers d'Edge of Tomorrow et déjà, le film me plaît bien : cette image qui égratigne un poil l'armée en montrant la gestion consensuelle du conflit à la télévision, c'est plutôt marrant. Evidemment, ça ne va pas trop loin non plus, faudrait pas que le métrage sombre inopinément dans la dénonciation politique, c'est pas vraiment son but. Mais ça fait plaisir, un peu comme le côté balance du reboot de Robocop. On se moque vite fait, mais surtout, on annonce directement la couleur : attention, le récit va être un peu plus intelligent que la moyenne. On est pas dans de hautes strates, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, mais on se retrouve quand même à aborder pas mal de questions propres au récit d'action avec un contre-pied loin d'être inintéressant - et idiot. Rien que, par exemple, cette fameuse bataille dans laquelle Cage s'engage et passe scrupuleusement son temps à mourir, qui évoque évidemment le D-Day, avec ce que cela dit de la gestion de nos braves troupes au sol, c'est une idée ingénieuse. Evidemment, on ne coupe tout de même pas aux FX pas tops : si les Mimics ont quand même bien la classe, faut avouer que le Paris en CGI picote un peu et toute la séquence qui s'y déroule n'est clairement pas le passage le plus favorable. Par contre, il y a de bonnes idées sur le rapport entre la mort, la boucle et ce que cela impose aux personnages. D'ailleurs, le dernier tiers du film m'a littéralement scotché. C'est con, d'autant qu'on s'y attend forcément. Pire, j'arrêtais pas de me dire "bon hé, c'est un film américain", avec ce que ça implique, mais quand même, le suspens m'a tenu. Je dois être foutrement bon public.
La relation entre le personnage d'Emily Blunt et celui de Tom Cruise n'est pas, pour une fois, basée sur le thème récurrent de la demoiselle en détresse mais bien plus sur un pied d'égalité. Elle a eu le don dont dispose Tom, et elle va lui expliquer comment s'en servir, l'entraîner et lui faire progressivement confiance. Et ça, c'est cool. On se retrouve à l'écran avec un duo qui ressemble davantage à Captain America et Black Widow dans le Winter's Soldier qu'à l'archétype plus unanimement partagé. Le personnage féminin devient alors non seulement l'égal du personnage masculin mais mieux, ici, Blunt devient carrément le mentor de Cruise, au point qu'on peut allègrement imputé à son personnage de Rita l'héroïsme de Cage : pour une fois, la situation ne s'appuie sur les stéréotypes de genre mais sur la dynamique des personnages. D'ailleurs, lorsqu'il aurait l'occasion de se vautrer dans le romantisme, lors des quelques séquences où le duo n'a pas à castagner, le métrage se permet plutôt de jouer une partition plus fine, acceptant que le personnage de Cage n'est peut-être pas amoureux de Rita comme on l'entendrait initialement. Il cherche peut-être simplement à la sauver car c'est la seule à partager la folie qui découle du principe de boucle. C'est la seule capable de le soutenir et de lui montrer comment se comporter en héros.
Petit détail : je n'ai pas lu la nouvelle initiale mais me suis intéressé au manga. La fin, effectivement, peut paraître un peu idiote dans le métrage, pour moi, ça va. Happy end, comme d'ordinaire, mais bon, il faut bien ça et franchement, elle me gène vachement moins que la happy end de Robocop, par exemple. Par contre, elle est évidemment drastiquement moins sombre que celle du manga (et de la nouvelle, j'imagine) mais je ne trouve pas cela perturbant en soi. Le manga repose sur le fait, déjà, que les personnages sont japonais, introduisant ainsi une pensée tirée du bushido qu'il est obligatoire de faire son expérience martiale sur le champs de bataille. Ainsi, le manga traite davantage du délitement de la santé mentale et du syndrome post-traumatique que le métrage qui lui aborde d'une façon très retenue, finalement, la déshumanisation qu'opère Cruise (et qui le rapproche de Blunt). Par contre, le film a la très bonne idée de ne pas se prendre au sérieux et je pense qu'il s'agit là d'une excellente chose : d'une part, ça donne au film un ton réjouissant et agréable qui permet d'entrer directement dans ses enjeux. D'autre part, ça permet aussi d'éviter de sombrer dans le pathos. Les mises à mort de Cruise deviennent même littéralement un ressors comique enchaînant assez brutalement les décès (les phases d'entraînement, à ce titre, sont hilarantes).
Au final, un chouette divertissement, amusant et sympathique, qui confirme que Tom Cruise sait choisir ses projets de façon bien avisée, le bougre. Et du coup, je continue à bien apprécier ce type, malgré sa petite traversée du désert et ses Mission : Impossible. D'ailleurs, j'ai bien aimé le jeu de M'sieur Cruise au point de me demander : quand un critique dit de lui qu'il est "sobre" et qu'il ne fait pas son Cruise, mais à quel film fait-il référence ? Parce que de plus en plus, je me demande si on ne lui colle pas la tentation de refaire son pétage de plombs de chez Oprah Winfrey en plein métrage. Faut pas pousser, quand même. Un rôle vraiment intéressant aussi pour Emily Blunt qui, pour une fois, n'est pas une potiche de service mais vraiment un perso à part entière et même mieux, un moteur de l'intrigue - au même titre que son pendant masculin. Un truc de fou. Et puis, rien que pour le petit cri aigu que lâche Cage dans certaine de ses morts, ça vaut le coup. Ma séquence préférée reste quand même la première tentative d'infiltration. Non, se glisser sous des véhicules en marche, c'est clairement pas l'idée du siècle, message reçu !