Il est des séances ciné qui nous rappellent ô combien il est bon de démarrer le visionnage d'un film sans avoir vu sa bande annonce, sans n'avoir rien lu à son sujet, n'ayant eu à se mettre sous la sent que l'affiche du film présentée dans l'interface d'un service de VOD avant d'appuyer sur le bouton OK de sa télécommande. Tout au plus on se dira que Tom Cruise fera du Tom Cruise ce qui nous met en terrain partiellement connu, que ça doit faire boum boum avec des scènes de baston/combat, et que c'est parfait car il est déjà 23h06. Pour le reste nous sommes vierges de toute idée préconçue, et rétrospectivement c'est tout de même bien merveilleux d'aborder un film dans ces conditions, en ayant même oublié de s'intéresser au titre de ce long métrage.
Le film démarre donc, sur ce tire au flanc de Major Bill Cage, pro de la communication et totalement inapte au combat, tentant de se débiner devant une mobilisation générale, se mettant à dos son nouveau général pour se retrouver défroqué de son grade d'officier et ainsi promis à une mort que l'on pense certaine, mais où il pourra reconquérir son honneur perdu dans la gloire d'une charge de première ligne option pâtée pour chien. On est à Londres, on doit aller combattre des méchants aliens sur le sol Français, on se croit volontiers dans une nouvelle opération Overlord mené par un état major digne de la première guerre mondiale, le contexte de Verdun étant placé dans le scénario avec toute la subtilité dont est capable un marteau pilon. Mais on ne va pas se cacher, on a compris qu'on était là pour s'en prendre plein la gueule et on va être amplement servi.
Après n'avoir point boudé le plaisir de voir Tom Cruise se parodier lui-même, on assiste alors à une bataille fort bien ficelée avec débauche d'effets spéciaux et de watts dans les haut parleurs. Et c'est là que le film commence à piocher sans vergogne dans Un jour sans fin, Source code mais le fait de manière si froide, si méthodique et sans chichis que l'on n'arrive même pas à le lui reprocher. C'est une déclinaison réfléchie du postulat initial, bourrée d'itérations, sachant accélérer une fois que tout le monde a pigé le truc. Rien n'est nouveau, tout est recyclé, personne n'est perdu en route et on ne s'ennuie pas. Si c'est pas de la maîtrise, ma brave Lucette !
Les acteurs quant à eux accompagnent fort efficacement le scénario. Bill Paxton nous amuse en sous officier pète sec, Emily Blunt apporte une sémillance empreinte d'un zeste de légèreté, Brendan Gleeson nous séduit par ce général qu'il ne fallait vraiment pas contrarier. Le film est comme un diesel, il roule sur le couple sans faiblir jusqu'à ce que l'objectif soit atteint ce qu'il fait sans véritable fausse note, et sans nous fatiguer les neurones non plus ! D'ailleurs la fin... en fait il n'y a pas de fin, le réalisateur préfère nous rire au nez par l'intermédiaire de son acteur vedette. Mais chapeau, ce qui aurait pu être un magnifique étron aura été un divertissement plus qu'honnête.