Effects
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Effects

Film de Dusty Nelson (1980)

Un film Qui Fait Son Petit Effetcs

Faute de distributeurs Effects est un film qui restera invisible durant près de 25 ans. Ce premier long métrage de Dusty Nelson ne sortira donc jamais en salles, pas plus qu'en VHS ou qu'il ne sera diffusé à la télévision et il faudra attendre 2005 pour qu'un éditeur exhume le film pour le sortir enfin en DVD. Effects est donc un film rare et même si rien ne le garantissait c'est aussi une bonne surprise avec suffisamment de points positifs à l'intérieur pour réhabiliter cette petite série B longtemps promise à l'oubli.


Effects nous embarque sur un tournage de film d'horreur à petit budget avec une équipe réduite. En parallèle de ce tournage une partie de l'équipe tourne en secret et clandestinement un snuff movie dont les protagonistes pourraient être l'équipe de tournage elle même filmée à son insu.


Avec son concept de film dans le film dans le film , de tournage dans le tournage, de récit gigogne et de mise en abîme du cinéma d'horreur Effects prenait clairement le risque de perdre le spectateur dans ces différentes strates narratives. De toute évidence le réalisateur Dusty Nelson s'en amuse même un peu pour perdre son audience qui devra s'y retrouver entre les images du film lui même, celle de son tournage, celle du film en cours de tournage et celle produites de manière clandestine. On ne va pas se mentir si l'on cherchait une totale cohérence et une mécanique parfaitement huilée avec une analyse poussée, le film ne tiendrait sans doute pas tout à fait la route. Pourtant dans le feu de l'action et avec un peu d'indulgence le récit se suit tout de même de manière assez plaisante et surtout lisible. Le tournage secret s'effectue notamment avec des caméras cachées derrières des miroirs sans tain et une régie planquée dans les sous sols d'une maison façon processus de télé réalité. On sera un peu moins crédule et plus dubitatif lorsque le procédé s'aventure en dehors des murs de la maison et que l'idée de caméras dissimulées devient plus problématique surtout lorsque certaines scènes soit disant volées sont filmées sous divers angles. En tout cas le résultat et largement assez cohérent pour saluer l’originalité de l'entreprise plutôt que de pinailler sur certains détails. Le film s'appuie également sur un solide casting, des personnages cohérents et jamais caricaturaux et une bonne direction d'acteurs ce qui est loin d'être l'apanage de ce type de production. Dans le rôle du réalisateur on retrouve Joseph Pilato (Le Jour Des Morts Vivants) et dans celui de son assistante la comédienne Susan Chapek qui ne fera pas une grande carrière et c'est bien dommage car elle possède un vrai charisme et un certain talent. Au casting on retrouve aussi Tom Savini qui ironie du sort n'incarne pas ici le maquilleur et concepteur des effets spéciaux du film lequel est interprété par John Harrison futur réalisateur de film de genre comme Darkside Les Contes de La Nuit Noire ou Livre de Sang adapté de Clive Barker. Il faut noter que le trio Savini/Harrisson/Pilato s'est vraisemblablement rencontré sur le tournage de Dawn Of The Dead de Romero quelques années auparavant.


Ce qui fait la valeur de Effects c'est aussi que bien des années avant que la vague d'horreur méta ne devienne une mode, le film s'interroge déjà avec pertinence et malice sur le genre qu'il investit. Attention on es loin d'une réflexion profonde et poussée sur le genre et d'un film à thèse, mais le long métrage aborde ici et là quelques questionnements amusants sur l'horreur et les attentes présumées du public. Alors qu'ils élaborent des essais pour un effet gore, les membres de l'équipe s'engueulent par exemple pour savoir si un effet horrifique doit être spectaculaire ou réaliste pour être vraiment réussi ? Dans une autre séquences ils discutent pour savoir si ce que l'on retient d'un film d'horreur ce n'est pas finalement que sa séquence choc plutôt que le récit dans sa globalité, citant au passage la décapitation dans La Malédiction de Richard Donner. Et puis fatalement en abordant le sujet du snuff movie le film interroge sur le voyeurisme des spectateurs, sa capacité à déceler le vrai du faux, sur ce que l'on est capable de montrer dès l'instant qu'un public est prêt à payer pour le regarder... Au cœur du film un technicien montre à une partie de l'équipe de tournage un film clandestin muet en noir et blanc bien granuleux montrant en plan fixe une jeune femme attachée et tailladée à coup de rasoir par un bourreau. A la fois choqués, parfois horrifiés ou incrédules les spectateurs de ce film dans le film (et oui encore un de plus) souhaiteront pourtant tous le revoir avec divers alibis qui vont de la curiosité à l'excuse analytique de mesurer la véracité de ce qu'ils voient, mais aucun de va rejeter d'un bloc l'idée même de revoir et condamner un tel film. Effects est donc un film qui s'interroge sur ce qu'il filme et c'est bien plus malin que dans de nombreux scénario de série B qui se contentent d'un vague argument de base pour dérouler un récit basique. Après même si la mise en scène de Dusty Nelson tient la route, il faut bien reconnaître que techniquement le film n'est pas d'une très grande qualité. Il a toutefois bien d'autres atouts en poche pour faire passer crème ces défauts visuels.


Effects est donc une bonne petite surprise d'autant plus que je m'attendais vraiment à un gros bis fauché qui n'avait pas grand chose à raconter. On est loin d'être en présence d'un très grand film mais Effects possède suffisamment de bonnes petites choses un peu partout pour en faire un film tout à fait recommandable.

freddyK
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Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Seul Au Monde (Ou Presque), 2024 : Films vus et/ou revus et 1980 - Une Horrible Année

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le 15 mars 2024

Critique lue 20 fois

Freddy K

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