Il fallait bien s’y coller un jour ou l’autre. Film catalan ayant comptabilisé le plus d’entrées au cours des 40 dernières années, très commenté dans les médias locaux, El 47 est parvenu à séduire un large public – à l’exception, certes, des cinéphiles, toujours aussi méfiants face aux films populaires. On les comprend.
C’est que tous les ingrédients y sont : déversement de bons sentiments gélatineux, musique à faire pleurer, personnages très gentils luttant contre de vilains types (ici, les flics et les politiciens – qu’est-ce que le peuple peut demander de plus ?), scénario assez simple et dénouement inévitablement heureux. Même la mise en scène est bâclée (les gros plans sur la foule, la direction d’acteurs, les dialogues manquant de naturel…), à l’exception des insertions d’images d’époque, vraiment réussies et presque trompeuses tant elles parviennent à créer l'illusion.
Reste un certain intérêt documentaire dans la reconstitution d’une époque et d’un contexte social. Mais à force de simplifier et de lisser, El 47 finit par ressembler davantage à une fable illustrative qu’à un véritable film de cinéma. Un succès populaire, indéniablement — une œuvre marquante, beaucoup moins.