Basé sur le combat, en 1978, d’un chauffeur de bus (ligne 47) de Barcelone, Manolo Vital (Eduard Fernández, 60 ans), veuf puis en couple avec une ancienne religieuse Carmen (Clara Segura) pour faire desservir son quartier de Torre Baró, dans l’arrière-pays barcelonais, le film a le mérite de traiter du mal-logement. Les habitants de Torre Baró, sont venus en 1958 d’Andalousie ou d’Estrémadure [Manolo vient de Valle del Jerte (province de Cáceres, et a vu son père tué par des miliciens phalangistes pendant la guerre civile), jouxtant celle de Las Hurdes, où Luis Buñuel tourna, en 1932, son documentaire, « Terre sans pain » (« Las Hurdes, tierra sin pan)] pour travailler à Barcelone et ont acquis des terrains en périphérie, à charge de construire leurs habitations (des bidonvilles au départ) en une journée, car démolies par la police le lendemain en l’absence de toit. Même en 1978, les points d’eau étaient limités, avec un débit irrégulier et il n’y avait pas d’électricité et l’accès se faisait à pied, le chemin étant peu carrossable (y compris pour les pompiers). Cela rappelle « En los márgenes » (« A contre temps ») (2022) de l’Hispano-Argentin Juan Diego Botto, sur l’expulsion de familles pauvres (avec Penelope Cruz et Luis Tosar) ainsi que « Los Tarantos » (1963), de Francisco Rovira Beleta, version revisitée de « Roméo et Juliette » à Barcelone, où des Gitans, les Tarantos, vivaient dans des bidonvilles surplombant la mer. Le réalisateur montre bien le mépris de classe concernant les habitants de Torre Baró (mais solidaires entre eux) et la bureaucratie de la mairie de Barcelone où s’est égaré Manolo Vital pour faire aboutir sa demande de desserte de son quartier par un transport en commun à partir de la place de Catalogne. Voulant probablement coller à la réalité, le récit manque de rythme et l’insertion d’images d’archives est trop visible (car non raccord avec celles du film).