Premier long-métrage de Robert Rodriguez sorti en 1993, El Mariachi fut à la fois le film plus rentable de son époque (7000 dollars de budget économisé par un jeune cinéaste devenu cobaye pharmacologique pour acheter la pellicule de son film, ce qui explique peut-être ses délires avec les Spy kids...) et le passeport de son réalisateur pour Hollywood (le film fut remarqué par Tarantino, toujours le nez creux pour flairer les curiosités celui-là).
Dans une petite ville mal fréquentée du Mexique, le truand Azul cherche à récupérer l’argent que lui doit le gangster Moco. Tout juste sorti de prison, Azul a la particularité de se déplacer avec un étui à guitare bourrée d’armes à feu. Et ça se sait. Pendant ce temps, un jeune mariachi itinérant arrive en ville pour chercher du travail. Avec son étui à guitare, il est rapidement pris pour le truand suscité. Les ennuis commencent alors pour lui. Heureusement, il pourra compter sur l’aide de Domino, une jolie barmaid dont il va tomber amoureux.
Sur la base d’un quiproquo assez classique et proche de La Mort aux trousses ou du Coup du parapluie, Rodriguez réalise une petite péloche sympathique et sans autre prétention que de prouver qu’il pouvait emballer un long-métrage avec une économie de moyens remarquable.
Bien sûr, le film ne vole pas bien haut. La répétition de zooms avant et de cadrages serrés comme cache-misères peut finir par lasser. Mais il faut savoir que Rodriguez limitait le plus possible ses prises afin d’économiser la pellicule. Qui plus est, il filmait avec une seule caméra et se reposait sur des acteurs, il faut bien l’avouer, pas tous très convainquants. L’intrigue est minimaliste, la romance pas crédible et l’action se centre sur deux poursuites et un petit canardage dans un bar (durant lequel on pourra remarquer sur un plan un technicien qui s’empresse de sortir du cadre).
Le personnage du Mariachi n’est pas encore devenu le justicier flingueur des deux suites et on assiste ici à ses origines, avec sa main blessée à la fin et l’étui à guitare pleines d’armes qu’il emporte avec lui. D’ailleurs Carlos Gallardo, qui joue le Mariachi, est aussi un ami de Rodriguez ainsi que le producteur du film. Il fera un cameo dans le second opus dans un autre rôle... de mariachi flingueur, et Rodriguez le réemploiera dans Desperado 2 et dans Planète terreur.
Bref, loin d’être un actioner aussi efficace et friquée que ses deux suites, El Mariachi se redécouvre néanmoins avec curiosité. Et peut même s’apprécier, malgré tous ses défauts. On ne peut qu’admirer Rodriguez d’avoir su diriger un film plutôt correct avec si peu de moyens (il embauchait même des adolescents pour jouer des porte-flingues lancés aux trousses du Mariachi).
À réserver donc aux curieux et aux aficionados qui ont 80 minutes devant eux. Pour les autres, mieux vaut peut-être passer directement à la suite et quasi-remake, en se buvant, pourquoi pas, une bonne Desperado.