C'est en lisant des pages du hors serie dédié a Lynch des cahiers du cinéma, que l'envie de revoir Elephant Man m'est venue. Les deux souvenirs majeurs de mon premier visionnage, a part celui que c'était un super film, etaient les suivants: c'était la premiere fois que je lachais des larmes devant un film, et qu'apres coup, je me suis dis que ça apuyait trop sur le coté tire-larme et que ca frolait le "sadness porn" ou le "sur-pathos".
Ce que j'ai lu qui m'a donné envie de le revoir, c'est que Lynch insistait sur le fait qu'il a justement evité de rentrer dans du miserabilisme sirupeux, et il a repeté plusieurs fois dans un entretient que son seul but etait de rester fidele aux "émotions du scenario", d'utiliser son cinéma pour retranscrire des sentiments précis, pour ne pas contredire l'essence de l'histoire. Rien de plus, sans trop en faire. Maintenant que j'ai revu Elephant Man, je peux dire que j'avais tort, et que Lynch a réussi son objectif. Il est sans doute, le plus grand "architecte de l'emotion" que le cinéma americain ait connu.
Plusieurs fois dans le film, nous sommes nez à nez avec des scènes qui, par elle meme, porte une nature misérabiliste, et à chaque fois qu'une scène comme ça a lieux, Lynch coupe brusquement l'événement avec un fondu, juste avant que ca bascule vers le "tire larme" et passe à la scène suivante. Ce choix de couper dans l'action, juste avant la montée des larmes, et à la fois avantageux d'un point de vu de rythme, mais aussi du point de vu de l'émotion. Nous est donné seulement l'emotion vraie, celle construite par le cinéma, et juste avant de basculer vers l'émotion plus organique (et vulgaire) de l'empathie, le film passe à autre chose. La seule scène qui dure plus qu'elle ne devrait selon cette politique de "l'economie du sentiment" est le final, dont je parlerai plus en detail plus tard.
La plus grande prouesse de Lynch ici, est comment il a reussit a filmer l'âme du protagoniste, celle cachée derriere un corps abominable. En optant pour un noir et blanc, en plus d'encrer dans le contexte spatio temporel et d'etre extremement joli, Lynch élimine une partie du dégout que pourrait provoquer la diformité de John Merrick, "lissant" ainsi son visage et le rendant moins horrible. À la fin du film, on s'étonne de trouver les visages des cupides personnages voyant John Merrick comme un phénomène de foire et s'amusant à le faire souffrir, plus dégoutants que le visage du protagoniste.
Ce sentiment de voir l'âme de John Merrick, vient aussi en partie de la très bonne prestation de John Hurt, qui sait parfaitement jouer avec sa voix et ses mouvements, inspirant ainsi une personnalité à un tas de chair.
Enfin, je voudrais parler de quelque chose qui m'a frappé dans Elephant Man, qui est un paradoxe: Lynch n'ayant aucune pretention de parler de lui même et voulant uniquement retranscrire en image un scénario qui l'a plu, réussi. Mais il fait en même temps de l'auteurisme, et ajoute à "son" film, une touche personnelle. En effet, on peut voir dans ce film les mêmes obsessions spirituelles et humaines de Lynch. Presque chrétien, presque théologique, ce récit est transformé en un conte sur la force de l'amour, le combat entre le bien et le mal. Avec son inconscient chrétien, Lynch semble innoncenter la nature (ici, Dieu) de son rôle dans le Malheur de John Merrick, et met la faute sur les humains qui l'ont abandonnés. Le suicide de fin n'est pas vraiment filmé comme un suicide, mais comme un reveil. John Merrick ne meurt pas, il sort d'un rêve, celui qu'on appel la "vie".
We live inside a dream
Il manque bien sur cet "élément" exceptionnel, qui propulserait Elephant Man au rang d'immense, dans la classe d'un Blue Velvet ou de certain bouts de Twin Peaks, mais je trouve déjà remarquable d'avoir réussi a introduire quelques scènes "experimentale" à base de montages et de collage Lynchéens, tout droit sorti de Eraserhead, dans une grosse production grand public. Lynch aurait pu etre la releve de Wilder et devenir un grand conteur americain si il avait continué à "s'effacer" derriere des scénarios et des histoires. Il le ferra une fois de plus avec les tres bon The Straight Story, avant de sombrer definitivement dans ses travers pédants et incomprehensibles.
Note: 8/10 (+1)
Plaisir: 4/5