9
le 8 août 2014
SuivrePédo-gogie appliquée
Que les dieux du cinéma me pardonnent, pour traiter d'un film aussi profondément et spécifiquement humain que Elève libre de Joachim Lafosse, je n'ai guère trouvé mieux que d'employer des métaphores...
En France, on se montre tiède vis-à-vis de l’école à la maison à cause des risques de dérives sectaires qu’elle représente (source : j’ai fait l’école à la maison). Entre accompagnement spécialisé et séparatisme vicieux, il n’y a effectivement qu’un pas et Élève libre explore cet entredeux avec force. C’est pourtant un film social (du genre que je qualifiais auparavant de "chiant et déprimant") qui ne se veut pas particulièrement provocateur, mais c'est un véritable rouleau compresseur qui ne s’arrête à rien.
Rappelant d’abord La Communauté de Vinterberg, film très positif sur une survivance improbable du mouvement hippie, il développe des propos sensés, convaincants et même ravissants qui vont dans le sens de l’éducation à la maison. Mais bientôt les valeurs décalées et l’énorme ouverture d’esprit de la petite famille s’imprègnent d’anomalies et l’on remarque que le film est construit lui-même comme une dérive.
Si l'on s'exclamait d'abord "OUI !" devant les propositions du scénario (apprendre comment apprendre, encourager l'étudiant à se connaître mais se montrer à l'écoute, voilà qui me parle), on commence à dire "d'accord ?" avec un scepticisme croissant, jusqu'à se retrouver dans une situation répugnante en se demandant comment on en est arrivé là. Insidieusement, abus et manipulation se sont installés, faisant se déliter l'expérience sociale et démontrant avec froideur comment une entreprise tout habillée des meilleures intentions peut devenir, à l’insu-même de ses perpétrateurs, une usine à laver le cerveau dont les rouages sont faits de vice.
Étant concerné·e, je trouve que le film de Lafosse s'intéresse surtout aux extrêmes, mais la licence artistique l’excuse. Je m’inquiète, à la rigueur, des arguments peu nuancés qu’il peut donner à un côté comme à l’autre, même s’il semble pencher finalement en défaveur de l’école à la maison. Mais pour les amateurs de films sociaux, c’est une perle implacable et intense, très crue mais, malgré tout, douce dans la manière dont elle s’attaque à un si gros sujet.
Créée
le 3 mai 2022
Critique lue 50 fois
9
le 8 août 2014
SuivreQue les dieux du cinéma me pardonnent, pour traiter d'un film aussi profondément et spécifiquement humain que Elève libre de Joachim Lafosse, je n'ai guère trouvé mieux que d'employer des métaphores...
8
le 6 nov. 2013
SuivreJonas a 16 ans, est en échec scolaire et sportif (il vient de manquer les sélections nationales de tennis). Pris en charge par Pierre, Didier et Nathalie, amis trentenaires de sa mère, Jonas décide...
7
le 26 sept. 2010
SuivreDepuis mai 68, la société s'est de plus en plus libérée des conventions. Le sexe, la philosophie libertaire, le libre examen... la connaissance vient désormais de l'expérience et l'humour cynique est...
3
le 16 juil. 2018
Suivre(Pour un maximum d'éléments de contexte, voyez ma critique du premier tome.) Liu Cixin signe une ouverture qui a du mal à renouer avec son style, ce qui est le premier signe avant-coureur d'une...
10
le 26 oct. 2018
SuivreQuand on m’a contacté pour me proposer de voir le film en avant-première, je suis parti avec de gros préjugés : je ne suis pas un grand fan du cinéma japonais, et encore moins de films d’horreur. En...
7
le 17 oct. 2020
SuivreLe Cargo 200, c'est le cercueil rapatrié d'un militaire soviétique tombé en Afghanistan. Balabanov montre le conflit comme un drame ignoré de tous, mais ce n'est finalement ni plus ni moins que la...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème