Un Biopic Éblouissant : L'Évangile Hagiographique d'un Mythe
Elvis, ce film de Baz Luhrmann, se dresse comme le biopic des biopics, un métrage d'une grandeur incontestable qui, par sa mise en scène opulente et son ambition folle, parvient à transcender le genre. C'est une évangile hagiographique dédiée au King, et pourtant, rien ne lui est épargné : on nous montre sa paranoïa, fruit d'une époque de vicissitudes et de tourments liée à une profusion de meurtres parmi les personnalités, ses prises de pilules, son embonpoint, et ses faiblesses les plus humaines. Le film est une fresque qui célèbre l'homme tout en n'omettant pas ses zones d'ombre.
Une Histoire Amoureuse et un Portrait de l'Amérique
L'histoire d'amour n'est pas superfétatoire, comme je le déplore souvent dans ce genre de production. C'est la preuve qu'une romance, même avec une finalité navrante, peut être traitée avec une délicatesse exemplaire et un poids dramatique. Elle est l'un des piliers émotionnels du film, et sa tragédie résonne avec une profonde justesse.
Le film est également le portrait d'une Amérique hautement prude et foncièrement raciste, une nation dont les tourments et les contradictions se reflètent dans le parcours d'Elvis. C'est une œuvre qui nous montre comment le King, malgré ses privilèges, fut lui aussi confronté à une époque de clivages. On y apprend notamment que ses déhanchements, jugés obscènes, étaient aussi perçus comme une menace car "ils allaient pousser les enfants à accepter les Noirs", une réflexion puissante sur l'époque.
Une Incarnation Parfaite et une Prodigieuse Mise en Scène
L'on ne saurait passer sous silence le jeu des acteurs, d'une sublimité rare. Austin Butler n'incarne pas Elvis, il est Elvis réincarné, surtout pendant les prodigieuses reconstitutions de ses concerts. Son interprétation est une performance d'une force magnétique qui, à elle seule, justifie le visionnage du film. Tom Hanks, tellement grimé que je ne l’ai reconnu qu’en voyant le casting, est l’autre personnalité à qui est dédié ce biopic. Il joue à la perfection le Colonel Parker, ce personnage énigmatique et manipulatif qui fut le véritable démiurge de la carrière du King.
Bref, c’est un film grandiose, une œuvre qui, par son style flamboyant et son énergie, parvient à raconter le mythe tout en révélant la complexité de l'homme. Un métrage qui a le mérite de nous faire apprendre une foule de choses, y compris son divorce, ou qu’il est encore l’artiste solo dont la musique est la plus vendue.