...ce n'est sans doute pas Emilia Perez qui nous réconciliera avec le genre malgré ses moults récompenses. Pourquoi? Telle est la question qui me taraude. Pourquoi choisir de faire pousser la chansonnette à son casting pour parler de la transformation physique et morale d'un baron de la drogue Mexicain? Impressionner par le pont jeté entre deux antipodes? L'originalité du style au service du fond est une noble recherche pour tout créateur de contenu soucieux de trouver à son art des formes innovantes. Etre un artiste c'est pouvoir inventer, étonner, bousculer certes, mais à bon escient et pas à n'importe quel prix (ni pour tous les prix). Dans ce film, certains trouveront comme moi, que chants chorégraphiés et changement de sexe sur fond de cartels se mélangent aussi peu que l'huile et l'eau. Le ton, les mines, la lumière même du film, tout semble trop lourd pour se déployer en chansons sans prendre des airs un peu grotesques à la limite de la caricature.
Ni West Side Story ni grand opéra lyrique, Emilia Perez n'est ni comédie ni grandiose. Le film souffre d'un entre-genre qui se définit mal, à l'image d'un protagoniste devenu femme dont l'épaisseur psychologique ne convainc guère. Passer de caïd masculin sanguinaire aux mains sales à sainte femme repentie au cœur d'or, en quelques coups de bistouris, n'apparaît pas d'une grande subtilité (attention euphémisme). De quoi a voulu nous parler Audiard à travers le parcours ascensionnel de ses deux héroïnes? de transsexualité certes, mais surtout de courage au féminin? Plus percutant encore, de féminisme en conditions extrêmes? Celles imposées par l'homme avec un h minuscule? Je ne reproche pas à Audiard de montrer qu'être une femme, avocate, mère, militante, amante amoureuse, peut relever du combat, avec toute la violence injuste que cela représente, je reproche à son film de ne pas bien cacher la recette d'un exercice de style qui semble écrit pour le succès de critique. Finalement poussif et peu émouvant malgré le climax tragique, l'essai est salué mais pas transformé, ni dans la forme ni dans le fond. Une comédie musicale très premier degré qui se prend au sérieux en se voulant emblématique. Mention spéciale à Selena Gomez qui crève l'écran sans être de toutes les scènes.
Autre mention spéciale aujourd'hui : un très joyeux anniversaire à mon amie Adeline qui sera sans doute la seule à lire cette critique et dont j'ai hâte de connaître l'avis sur le film ! ;xx