Un voyage étrange au cœur du désir mortifié, où son assouvissement n'en fait que renforcer l'absence, les regards échangés, les corps qui se frôlent, se dénudent mais semblent ne jamais vraiment se trouver. Une femme dont le regard n'a de cesse de confronter à son reflet, dans un miroir, le reflet d'une vitre, mais plus qu'elle même c'est l'exiguïté de son espace mental qui semble y être transcendé, un extérieur qui lui échappe.
Un brin cavalière, hautaine et parfois distante, elle se confronte aux autres dans la chair mais c'est dans les mots qu'elle va se perdre. Autour d'une discussion sur Les Hauts de Hurlevent, ou l'expression dévitalisée d'une expérience sexuelle. Ce cadre luxueux mais corseté devient son monde, son visage celui qu'elle daigne renvoyer et auquel elle n'appartient pas vraiment.
Le montage parallèle, la montrant se démaquiller pendant que le personnel de l'hôtel nettoie celui-ci, met en exergue son rapport à son corps et à autrui. L'hôtel devient une prison mentale, où, avec l'aide du chef de la sécurité, va, à travers les caméras de surveillance, laisser exsuder son plaisir,en mettant à jour un service d'escort tout en utilisant celui-ci.
Le fondu enchaîné de la vidéo surveillance à son propre corps empruntant le chemin de la remise, renverse le rapport du phantasme au réel, l'arrière-plan s'effaçant pour passer du vrai au simulacre tout en jouant du phantasme voyeuriste à la concrétisation du désir instantané. La frontière entre accomplissement et perception semble toujours très floue.
Le visage d'Emmanuelle restant toujours une impasse, seule la tempête, perçue au travers des vitres immenses du restaurant, paraît représenter ses tourments personnels, ceux dont elles ne parlent jamais. Margot, la directrice du restaurant, et Kei ce client mystérieux, sont des prolongements de sa psyché, des visions d'avenirs possibles, elle, perdue dans l'artificialité de son travail et dans l'incapacité de verbaliser quel est le chemin de son plaisir.
Dans un cheminement au sein des rues hongkongaises, où les vies avides s'expriment sans jamais la percevoir, elle finit par se perdre dans un lieu réunissant ceux qui trichent, ceux ayant été exclus du système finissant par trouver, ici, le plaisir de pouvoir être ce qu'ils sont réellement. L'acceptation passant par la reconnaissance, c'est par les mots de son moi vide de désir, qu'elle va trouver le plaisir.
Un film parfois étrange, trop languide pour être pleinement appréciable et quelque peu artificiel dans la représentation de la sexualité, mais cela embrasse parfaitement la psyché de son héroïne, une femme inexistante pérégrinant au milieu des lumières factices d'un monde déshumanisant.