Après le plutôt bon et sympathique ‘Deux moi’, Klapisch nous revient avec un nouveau film (admirez le jeu de mot !) qui ronronne bien, pas déplaisant mais pendant la première demi-heure, j’aurais aimé qu’il démarre. Il décolle enfin dans la deuxième moitié, plus rythmée.
Le film suit l’histoire d’Élise, une danseuse de ballet de l’opéra de Paris. Après une grave chute durant un spectacle, elle découvre qu'elle ne pourra peut-être plus jamais exercer son art. Après le choc terrible, elle tente de se reconstruire. Elle fait plusieurs rencontres, entre Paris et la Bretagne, notamment les membres d'une troupe de danse contemporaine.
Le film s’ouvre sur une ouverture assez poussive de 15 minutes où le réalisateur filme le ballet ‘La Bayadère’ dans lequel Elise a le rôle principal. Mais elle a surpris son mec embrassant une des danseuses. Elle est déstabilisée, fait difficilement ses pointes et chute. Comme point de départ, c’est assez maigre. Ça m’a rappelé ce que je n’aimais pas dans le cinéma. Les jeunes se comportent comme des adolescents. Quinze ans après ‘L’auberge espagnole’, les personnages de ‘Casse-tête chinois’ couchait ensemble comme s’il avait dix-huit ans, se trompait avec une insouciance d’étudiant et n’avait rien appris de la vie. Dans ‘En corps’, c’est un peu pareil. Les personnages vivent des ruptures et se mettent à pleurer.
C’est que Klapisch n’a pas lésiné sur les bons sentiments. On pleure, on rit entre copines, on biatche sur les amis. On s’adresse à sa mère décédée en voix-off pendant que les flashbacks défilent. L’héroïne suit d’ailleurs un parcours émotionnel assez convenu : la tristesse, la dépression, le nouveau départ, l’hésitation, le rebond, le ré-épanouissement. Et surtout LA RESILIENCE. La résilience, ce sentiment si convenu au cinéma et déjà vu mille fois, qui permet tous les rebonds scénaristiques possibles. Ici, c’est grâce à ça que l’héroïne se tournera vers la danse contemporaine, grâce aux conseils du danseur d’Hofesh Shechter (dans son propre rôle) et surtout grâce aux aphorismes de l’inénarrable Muriel Robin qui balance des poncifs du style ‘C’est en touchant le fond qu’on rebondit’ ou ‘Offre de la beauté à ceux qui n’y ont pas accès’.
Heureusement, le film prend (enfin) son envol dans la deuxième partie. J’ai fait beaucoup de reproches jusque-là à Klapisch mais reconnaissons qu’il sait filmer. Il a su restituer le mouvement des corps, les déplacements, la sueur des entraînements. On le sent d’ailleurs plus à l’aise à filmer la danse contemporaine que les sauts en tutu. Les scènes de danses sont particulièrement bien montées, mais pas trop hachées pour ne pas gêner les mouvements. J’ai le souvenir d’une scène de répétition où les mouvements des danseurs se mélangeait avec un couteau coupant des légumes et où les bruits du couteau se mixaient avec le pas des danseurs.
Klapisch a réuni un assez joli casting. Il retrouve François Civil et Pio Marmaï, lequel forme un couple haut en couleur avec Souheila Yacoub. Muriel Robin est drôle en femme, au boitement indécis. Denis Podalydès est parfait, comme d’habitude. Quant à Marion Barbeau, elle livre une performance honorable mais sans briller. En revanche, elle danse bien.
Klapisch fait un retour à moitié réussi, ou à moitié raté mais qui finit par prendre dans sa deuxième moitié grâce au dynamisme des scènes de danse.