Dire que j'avais des attentes modérées serait un doux euphémisme, vu mon racisme persistant envers le cinéma français, et je suis donc d'autant plus surpris que le film m'ait touché à ce point. Est-ce la nostalgie de mon nord natal et la représentation naturaliste de cet hideux bassin minier, peuplé de créatures cabossées et inarticulées ? Peut-être les thèmes de l'expression et du lien social par la musique, qui remuent mon désir inassouvi le plus ancien ? Est-ce la thématique du frère retrouvé qui résonne avec ma fratrie négligée ?
Quoi qu'il en soit, j'ai terminé "En Fanfare" à fleur de peau, avec l'œil brillant et la truffe moite, et je ne peux pas l'imputer qu'à mes sensibilités personnelles, car le film en lui-même est finement écrit, interprété et réalisé pour susciter ces émotions.
Je citerai notamment son excellent casting : Benjamin Lavernhe et Pierre Lottin offrent des performances remarquables et toutes en nuances, dans des styles très différents, et aucun second rôle n'est venu ternir le tableau, même si le film frôle dangereusement la caricature avec certains personnages.
C'est le genre de film rempli de bons sentiments qui m'aurait fait soupirer il y a quelques années, mais il est traité avec une belle délicatesse, et un étonnant sens du rythme : en alternant entre des scènes épurées et très denses, ou des ellipses qui accélèrent grandement le récit et permettent aux scènes importantes de prendre leur temps en laissant s'exprimer les émotions glissées à demi-mots dans ses dialogues tantôt drôles ou touchants.