Critique initialement publiée sur le site Le Con, le Culte et les Ecrans.


Il est difficile de ne pas trouver attachant le binôme Delépine/Kervern, que ce soit pour Groland, la bande de potes qui les suit partout ou encore leur filmographie inégale mais passionnante. Aujourd’hui, les deux compères livrent leur dixième film et le pitch est on ne peut plus intriguant : un affreux politicien de droite (Jonathan Cohen) va se retrouver collé à un collègue, tout aussi lâche, mais lui écologiste (Vincent Macaigne).


Si on attendait du duo un pamphlet de gauche au vitriol, la question politique ne reste finalement qu’une toile de fond pour laisser le film se concentrer sur ce qu’il l’intéresse : l’humain. Reprenant une structure de road-movie qui n’est pas sans rappeler Mammuth (le chef d’œuvre du duo) mais à une échelle municipale, le film déroule une galerie de personnages tous plus attachant les uns que les autres. D’un trio féministe en lutte, à Thomas VDB formidable en vétérinaire en passant par Francois Damiens en restaurateur désabusé, Yolande Moreau en mère maquerelle ou encore Ovidie en icône de lutte, tout est savoureux, décalé mais juste et tout le monde à l’air de s’éclater devant la caméra.


Et notre duo principal alors ? Cohen est fou d’arrogance et de racisme (normal, il est de droite.), tandis que Macaigne joue comme souvent un looser plus lâche que vertueux. Aidés par des dialogues souvent bien sentis, les deux acteurs s’en donnent à cœur joie et réussissent, comme dans tout bon buddy movie, à nous faire croire à leur amitié naissante. Si on n’aurait pas craché sur un petit peu plus de confrontation, notamment sur la première rencontre entre les deux, le binôme fonctionne incroyablement bien.


Si la mise en scène est rarement follement audacieuse, elle se permet quelques éclats de bravoure avec plusieurs inspirations de composition venues de la bande dessinée et des audaces pure comme un plan aérien d’un manège qui est assez aussi drôle que beau.


Moins une charge politique qu’un constat d’un monde qui commence à les dépasser, le film tire littéralement dans tous les sens. Police, écologie, commerce de proximité, industrialisation galopante, corruption, médecine artificielle, tout y passe, au point d’ailleurs de faire parfois pencher le long-métrage vers le film à sketchs. Rien de bien gênant, mais la cohérence globale du voyage de Depardieu dans Mammuth manque un peu.


Plus surprenant, le film met l’emphase sur le sujet qui va dévorer le film peu à peu, au point d’en être sa conclusion : le féminisme. Avec son trio de militante, En même temps fait passer ses revendications via leurs voix. Des voix disparates, pas forcément accordées, mais des voix qui ont soif de changement. Et si on craint en permanence que tout cela bascule dans un portrait boomerisé et masculiniste d’une lutte, le film s’en sort admirablement bien, et avec délicatesse qui plus est.


Alors, oui, on retrouve les défauts habituels de la filmo de Delépine/Kervern, à commencer par un ventre mou dans le début du troisième tiers, des prises de son parfois un peu hasardeuses, et une impossibilité à conclure de façon frontale l’histoire, mais après tout qu’importe.


Dans une époque où le fascisme tape à la porte du pouvoir (et le pouvoir sur des manifestants, des soignants et des fonctionnaires), En même temps est une petite bulle d’oxygène, une bulle qui rappelle que malgré les calculs en tout genre, tout n’a été, n’est et ne sera qu’Homme. Et si ça manque un poil de mordant, c’est suffisamment rare d’avoir un rire franc et un grand sourire en sortant d’une salle de cinéma pour lui en vouloir.

AdrienGarraud
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le 11 avr. 2022

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Adrien Garraud

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