Il est parfois salutaire de redonner sa chance à un film que l'on a plus ou moins catalogué et relégué au plan des oeuvres bancales, poussives et dispensables ; ce fut le cas pour le troisième long métrage du facétieux Albert Dupontel : le bien-nommé Enfermés Dehors, comédie sociale qui - près de quinze ans après sa sortie en salles - s'avère gouleyante et mûrissante comme le bon vin. Retour et revisionnage d'un saisissant, foutraque et délirant divertissement populaire, moment de cinéma transpirant la passion et l'amour d'un certain artisanat filmique ( le double-article qui suit prend en compte un avis négatif écrit à l'époque de la découverte dudit film, suivi d'un texte davantage élogieux : bonne lecture ! )


Texte écrit en février 2016 :


Moins drôle que Bernie, moins inspiré que Le Créateur le troisième long métrage d'Albert Dupontel déçoit considérablement, partant néanmoins d'une idée scénaristique intéressante ( ou comment un SDF prend l'identité d'un agent de police pour pointer à la cantine du quartier ). On sent - comme au temps de Bernie - la volonté de jeter un bon gros pavé dans la mare un peu morne du cinéma français des années 2000, avec un petit côté "film social" pas forcément malvenu...


Malheureusement la réalisation, certes plutôt inventive et audacieuse, tourne vite à la procédure brouillonne et mal fichue. Elle déçoit d'autant plus que la dimension burlesque du film de Dupontel tombe complètement à plat, les effets cartoonesques indifférant plus qu'autre chose. Produit par Richard Grandpierre, éclairé par Benoit Debie et peuplé de plusieurs gueules plus ou moins connues ( Bruno Lochet, Yolande Moreau ou encore Edouard Montoute ) le film disposait visiblement de certains moyens budgétaires : étonnant alors que l'acteur-réalisateur maintienne l'illusion d'un manque de moyens ( sans doute pour pallier un propos méritant un tel sacrifice ).


L'ensemble reste parfois drôle, souvent raté, volontairement foutraque mais également lourd et répétitif. On a connu Albert Dupontel davantage inspiré, ne serait-ce que dans son dernier long métrage, le caustique 9 mois ferme...


Texte écrit en avril 2021 :


Incroyable de voir à quel point comment parfois certains films nous échappent lors de leur découverte, tellement libres et inventifs que leur jusqu'au-boutisme et leur caractère apparemment grotesque couvent en réalité une véritable charge émotionnelle et populaire. Foutraque, cartoonesque et volontairement déjanté Enfermés Dehors est de fait un Dupontel pur jus : un petit morceau de cinoche remarquablement bricolé aux ressorts comiques burlesques et chaplinesques fièrement digérés par l'acteur-réalisateur, comédie sociale aux références multiples et assumées in fine.


Le bon goût, l'esthétisation et le Beau pour le Beau n'intéressent guère l'auteur de Bernie et du Vilain, privilégiant son sujet à sa sophistication visuelle... Si les nombreux plans dudit métrage sont loin d'être d'authentiques gravures de mode la créativité et les idées de cinéma sont légion : on pense notamment aux prémices du Cinéma de Charles Chaplin ( le protagoniste incarné par Dupontel en personne évoque immanquablement la figure du vagabond en pantalon large, lui-même accoutré d'un uniforme de policier trop grand pour lui ) et à certains chefs d'oeuvre des années 1920 tels que le bouleversant Le Dernier des Hommes : fiabilité des apparences, estime sociale intrinsèquement liée à une condition vestimentaire, et cetera...


Le film poursuit par ailleurs l'humour frappadingue du délirant Bernie, jouant de ses figures et de ses similitudes comiques ( on pense par exemple à la présence de la froide et délurée Claude Perron, remarquable en vendeuse de sex-shop et mère meurtrie, renvoyant directement à la question problématique de la paternité traversant tout le premier long métrage de Dupontel...). A voir également pour Jackie Berroyer, Edouard Montoute, Yolande Moreau ou encore Nicolas Marié, acteur récemment vu dans le grandiose Adieu les Cons... Une belle et tendre re-découverte !

stebbins
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le 26 févr. 2016

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stebbins

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