Remake français de Rabid Dogs de Mario Bava, tourné il semblerait intégralement au Canada, Enragés intéresse l'amateur de polars que je suis ne serait-ce que par ses racines cosmopolites.
Dès le générique d'intro, le film impressionne / (d)étonne de par le soin apporté à la photographie ainsi que la musique d'ambiance à base de nappes de synthé (coucou Carpenter). Un hommage évident au Giallo qui heureusement est utilisé avec suffisamment de parcimonie pour ne pas trop envahir et décrédibiliser le film avec déjà un lourd héritage (certains pourront regretter une utilisation massive de la BO mais elle est trop bien pour que je le lui tienne rigueur).
Mais pour ma part, c'est bien la réalisation de Eric Hannezo qui me séduit davantage. La tension est correctement gérée en crescendo , les fusillades et la course poursuite sont filmées avec métier et mine de rien c'est loin d'être une gageure dans le cinéma français actuel.
N'ayant pas vu l'original, le récit hâché ne m'a pas rebuté outre mesure et je n'avais pas vu venir le twist final bien amené.
Alors Eric Hannezo a expliqué vouloir évacuer la dimension sexuelle de l'original sans doute pour s'écarter davantage de l'oeuvre de Bava. A vrai dire, je ne comprends pas trop cette décision puisqu 'elle existe mais à peine effleurée et mal gérée. Et puis dans ce cas, je ne saisis pas non plus le choix de Virginie Ledoyen au casting. Une frilosité de dernière minute sans doute. Frustrant !
Enfin, le plus gros bémol, et de taille, serait la direction d'acteurs inégale (LE point noir des films de genre français). Les jeunes gangsters sont hélas un peu caricaturaux et c'est d'autant plus regrettable que le thriller psychologique prend nettement le pas sur l'action. Je trouve Guillaume Gouix trop en retrait, transparent à mon goût. Cette remarque s'applique sur une deuxième partie plus calme, tandis que l'introduction est assez cruelle et violente pour un film de ce calibre.
Une belle surprise qui, malgré quelques défauts récurrents, parvient à créer une atmosphère angoissante et à surprendre le spectateur de polar ankylosé que je suis.
Un nouveau nom à suivre : Eric Hannezo