Il y a un an et demi déjà sortait Seule la terre dont ce Entre les roseaux reprend pratiquement les mêmes arc narratifs : la rencontre à la campagne entre deux hommes que tout semble opposer au départ, mais qui finiront par tomber dans les bras l’un de l’autre. Cette fois donc ce n’est plus le paysan anglais et le saisonnier roumain (il y a eu aussi Ander en 2010 avec un paysan basque et un immigré péruvien), mais un étudiant finlandais en littérature et un réfugié syrien architecte. Et ce n’est plus les landes du Yorkshire ni la ferme familiale à faire tourner, mais la forêt finlandaise et la maison familiale à retaper. Bonjour l’originalité.


Et la prochaine fois, on aura droit à quoi ? À l’éboueur français et l’homme de ménage sénégalais ? Au pizzaiolo italien et le SDF tchadien ? On en bâille d’impatience… Convenu et mignon tout plein, Entre les roseaux déroule sans surprise l’éternel programme de la romance contrariée qui ne parvient jamais à dépasser sa propre banalité et à en proposer autre chose un tant soit peu original (comme avait su le faire par exemple Week-end ou Call me by your name). On se fait donc des bisous au soleil couchant, on se regarde droit dans les yeux avec la moue énamourée, on caresse les roseaux, on passe la main à travers la vitre ouverte en voiture, on tombe amoureux puis on se fait un peu la gueule, puis on se promet des trucs, puis on envisage un possible avenir à deux malgré les différences. On en bâille à nouveau…


Entre le blondinet tête à claques et le brun poilu barbu tatoué en mode hipster qu’on verrait davantage s’occuper d’un fast-food vegan à Oberkampf, une alchimie s’installe, évidente et plutôt bien restituée à l’écran (Janne Puustinen et Boodi Kabbani font correctement leur boulot), mais totalement dépourvue de charge émotionnelle et de véritables enjeux (Leevi et Tareq pourront-ils s’aimer dans le futur ? À vrai dire on s’en fout un peu…). Le film de Mikko Makela a au moins le mérite de montrer la Finlande et la place de "l’autre" (le gay comme l’immigré) dans une société certes relativement gay friendly, mais enracinée encore dans certains codes machistes et patriarcaux (que vient incarner le personnage du père), et même homophobes. Et rappeler aussi l’absence de films queer dans un cinéma déjà très peu fourni et peu représenté à l’international, sinon par les inamovibles frères Kaurismäki.


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mymp
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le 3 avr. 2019

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