Un homme est traqué. La raison de la poursuite impitoyable qui est la sienne importe peu. Ce qui compte ici, c’est de voir cette puissance fascinante, cette opiniâtreté redoutable qui anime ce bonhomme à survivre dans pareilles conditions : une forêt fantôme, hostile et sauvage, ensevelie sous la neige dans ce qui semble être un ex-pays soviétique. Mais le contexte n’est pas nécessaire dans une œuvre aussi humaine et universelle. Même si les signes ne trompent pas, les références ne sont jamais explicites et font que l’action pourrait se dérouler n’importe où : no man’s land.
Coupé du monde, chassé comme une bête, cette situation à la dure le réduit progressivement et inéluctablement au statut d’animal. Il perd de ce caractère civilisé qui constitue pour une part importante l’idée de l’homme moderne, il mange cru, s’empiffre d’une délicieuse fourmilière, grignote de l’écorce, tue et saigne pour vivre, pour son salut. Il tête une femme dodue, comme si c’était une vache, se répugne lui-même par son acte, et est complètement dépassé par ce viol qui le dégoûte au plus profond de ce qui reste d’humain en lui. Mutique, haletant, soufflant, halluciné, il se retrouve malgré lui dans une meute de chiens qui le sent et le reconnait comme l’un des leurs, ce qui l’effraie au plus profond de son être jusqu’à en perdre la raison.
La pureté de ce film, de ce diamant noir en pleine neige, tient sur les épaules de Vincent Gallo, figure christique, larges omoplates, regard vif dans lequel se reflète jusque dans la chair la peur de voir l’instinct humain prendre le dessus sur sa personne, hologramme slalomant entre les arbres, prédateur qui tue par nécessité pour survivre.