Eran Kolirin signe un film, dans lequel il a voulu trop en mettre. A trop étreindre, le film embrasse finalement assez peu. Le réalisateur israélien y mélange plusieurs aspects qu’il mélange de manière malhabile. En fin de compte, le film ne nous dit pas grand-chose et m’a personnellement laissé relativement de marbre.


Sami vit à Jérusalem avec sa femme Mira et leur fils Adam. Ses parents rêvent de le voir revenir auprès d’eux, dans le village arabe où il a grandi. Le mariage de son frère l’oblige à y retourner le temps d’une soirée. Mais pendant la nuit, sans aucune explication, le village est encerclé par l'armée israélienne et Sami ne peut plus repartir. Très vite, le chaos s'installe et les esprits s'échauffent. Coupé du monde extérieur, pris au piège dans une situation absurde, Sami voit tous ses repères vaciller : son couple, sa famille et sa vision du monde.


L’aspect politique du film est assurément le plus intéressant du film, et le plus réussit. Ce village subit un blocus. Il est encerclé par un mur de béton. On dit que ce serait à cause de palestinien sans papiers. Cette situation n’est pas sans rappeler la situation de la Palestine que la situation du village symbolise à elle seule. Le village est sous pression d’Israël mais est également sous la coupe de miliciens armés qui règnent sur le village. Bien que le réalisateur soit israélien et que le film soit étiqueté ‘Israël ‘, les acteurs sont tous exclusivement palestiniens. Cet aspect politique est assez grave, mais parsemé de touche d’humour, car le soldat israélien gardant l’espèce de check-point est un abruti fini, ce qui souligne bien l’ironie de la situation.


L’aspect chronique du film est moins abouti. Il y a une chronique sur cette famille, une chronique sur la culture palestinienne. La scène de mariage en ouverture du film est en ce sens assez vivante. Mais le film est surtout l’esquisse de la vie d’un village. Mais n’est pas Francesco Rosi qui veut. ‘Et il y eut un matin’ n’est pas ‘Le Christ s’est arrêté à Eboli’. La démarche des deux metteurs en scène me semble avoir de nombreux points communs. On suit un citadin exilé dans un village perdu. Chez Rosi, il s’agissait d’un exilé politique. Ici, le personnage est contraint de revenir dans son village et sa famille dont il s’est éloigné. Il s’agit également de filmer la vie d’un village-témoin ou reflet de l’état politique d’un pays. Dans le film de Rosi, on voyait un village coupé de l’Italie ou même le Christ s’était arrêté métaphoriquement à la ville voisine (d’où le titre). Chez Eran Kolirin, le village est révélateur des tensions de son pays. On y suit le personnage principal bloqué dans un village quasiment désert, faire les courses dans un supermarché plus approvisionné, en pleine manifestation. Hélas, l’ensemble est un peu mou, manque de rythme.


Comme si l’aspect politique et chronique ne suffisait pas, Eran Kolirin surcharge son film en ajoutant les remous intimes du personnage. En effet, le blocage du village et de sa situation semble le dérégler. Il a des relations complexes avec ses parents, connaît des difficultés familiales, commet un adultère. Et puis il y a l’inépuisable contraste entre le citadin qui revient dans on patelin. On aurait aimé aimer ce film, mais malheureusement le film s’éparpille, et n’est réussit que sur l’aspect politique. Le reste n’est qu’ébauché.

Noel_Astoc
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le 25 avr. 2022

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