État de siège
7.1
État de siège

Film de Costa-Gavras (1973)

Support: Bluray


Il n’y a pas à dire, le Costa-Gavras des débuts est fantastique dans sa façon de traiter de sujets politiques situés par-delà nos frontières pour mieux tendre un miroir à la société française, celle d’alors comme celle d’aujourd’hui. Ainsi, si État de Siège n’a pas l’effet coup de poing de ses prédécesseurs, il n’en est pas moins une œuvre profondément engagée, documentée, et méticuleuse dans sa construction narrative et visuelle.


L’intrigue s’inspire ici de l’enlèvement de Dan Mitrione (ici devenu Santore) par le Mouvement de libération nationale uruguayen en 1970, un agent du FBI infiltré qui faisait la tournée des pays d’Amérique du Sud pour y apporter les méthodes de répression américaine. Si vous souhaitiez suivre un cours d’amphi sur la torture efficace, c’est vers lui qu’il fallait vous tourner.


Les kidnappings qui ouvrent État de Siège se font presque aimablement, sans accroc. Les interrogatoires sont respectueux. Cette approche met l’emphase sur la différence des méthodes entre les Tupamaros et le gouvernement uruguayen qui mène une répression ultra-violente via ses Escadrons de la mort, biberonnés par les préceptes américains. La manne de l’Oncle Sam dans les affaires de l’Amérique Latine est insidieuse, cachée aux yeux du grand public, et pourtant présente dans tous les rouages étatiques de ceux que l’on ne saurait voir prendre trop de libertés ou regarder du côté du bloc soviétique.


Alors les barbouzes exportent leurs pratiques managériales les plus crasses pour que s’ancre le capitalisme à pleine dents dans ces néo-colonies (effrayante réunion au sommet constituée des ultra riches). Ces enseignements nous apparaissent au compte-goutte, alors que les interrogateurs bien formés des guérilleros poussent Santore à la contradiction, aux contresens, en se jouant de lui et en l’acculant par l’information. Plus le film avance, plus l’interrogatoire précise les tenants de cette histoire, plus les méthodes américaines se révèlent pernicieuses.


Etat de Siège, s’il fait irrémédiablement penser à Z pour son propos politique et l’exposition des mécanismes autoritaires, mais il se fait surtout contrepoint de L’Aveu, jusque dans l’emploi d’un Yves Montand prisonnier dans un rôle antipathique inverse à celui de la victime des procès de Prague.


Le final laisse évidemment un goût amer, puisqu’il ne résout rien et ne fait qu’établir un état des lieux (la dictature uruguayenne ne prenant d’ailleurs réellement fin que vers le milieu des années 80). A défaut d’une conclusion satisfaisante qui saperait l’effort de réalisme du film, l'œuvre de Costa-Gavras fait plutôt office d’avertissement. Un avertissement qui aura causé des troubles aux USA lors de sa sortie en salle, et qui donc ne pouvait que tomber plutôt juste.


Ceux que le régime autoritaire qualifie d'innommables, de terroristes, sont les révolutionnaires qui font face au totalitarisme, comparés au peuple français de 1789 ou aux indépendantistes américains, ceux dont nous aurons besoin demain alors que les grandes puissances occidentales tombent aux mains d’un fascisme aux sinistres échos, que la violence gouvernementale atteint des niveaux que l’on ne souhaitait plus revoir, et que le peuple semble souffrir d’une amnésie suicidaire.

Créée

le 2 déc. 2025

Critique lue 5 fois

Frakkazak

Écrit par

Critique lue 5 fois

1

D'autres avis sur État de siège

État de siège

État de siège

8

Pierre-Amo-Parfois

1017 critiques

Offre une grille de lecture universelle et des clés pour comprendre l'actualité. Hommes d'influence

"a template" est un Anglicisme informatique décrivant un "Modèle de conception de logiciel ou de présentation des données". _____________Je n'avais quasi rien compris à ce film quand je l'avais vu...

le 20 avr. 2022

État de siège

État de siège

7

Boubakar

6758 critiques

Pris en otage.

Troisième et dernier volet de sa trilogie politique (encore et toujours avec Yves Montand), Costa-Gavras montre avec ce film l'enlèvement puis la séquestration d'un conseiller américain par des...

le 22 août 2015

État de siège

État de siège

9

greenwich

1421 critiques

Etat de siège (1973)

Il s'agit d'un film politique dont l'intrigue est inspirée de l'enlèvement d'un agent américain en Uruguay en 1970. Ce film est un puissant réquisitoire contre les méthodes employées par les...

le 11 juin 2015

Du même critique

Hollow Knight

Hollow Knight

10

Frakkazak

824 critiques

Waky Hollow : La légende du scarabée sans âme

J'avais commencé une partie en début d'année, et avait lâché l'affaire par frustration, ayant perdu tous mes geos dans une zone que je trouvais imbuvable (Soul Sanctum) après 3-4h de jeu. Mais devant...

le 15 oct. 2019

Captain America: Brave New World

Captain America: Brave New World

2

Frakkazak

824 critiques

Mou, Moche et Puant

Il était couru d’avance que Brave New World serait une daube. De par la superhero fatigue qu’a instauré la firme de Mickey par l’amoncellement de produits formaté sur les dix-sept dernières années...

le 10 mars 2025

Assassin's Creed: Mirage

Assassin's Creed: Mirage

4

Frakkazak

824 critiques

Mi-rage, mi-désespoir, pleine vieillesse et ennui

Alors qu’à chaque nouvelle itération de la formule qui trône comme l’une des plus rentables pour la firme française depuis déjà quinze ans (c’est même rappelé en lançant le jeu, Ubisoft se la jouant...

le 10 oct. 2023