C'est à se demander ce que les cinéastes autrichiens prennent au petit-déjeuner pour leur donner l'idée de tourner des films aussi bizarres, voire malaisants, dans certains cas. Les noms de Haneke, Seidl et Schleinzer viennent naturellement en tête, mais les réalisatrices locales ne sont pas en reste avec notamment Jessica Hausner, Marie Kreuzer et donc Sandra Wollner. Cette dernière, avec Everytime, nous entraîne en effet sur des chemins escarpés où brille même la nuit le soleil de l'absence, dans une veine qui passe du réalisme au fantastique, comme par magie. Il s'agit pourtant d'une histoire de deuil, mais traitée de façon oblique, sans les scènes d'affliction attendues. C'est autre chose qui se meut et c'est étrange, puissamment ancré dans une mise en scène remarquable, qui met en valeur deux lieux principaux : Berlin et surtout Tenerife. Les faits et gestes des principaux protagonistes du film pourront sembler a priori énigmatiques, mais ils obéissent en fin de compte à une sorte de logique dévoyée, pas vraiment facile à expliquer, mais qui coule presque de source à l'écran, tout du moins si l'on n'est pas réfractaire pour emprunter des sentiers peu battus. Everytime a le mérite de ne pas asséner de vérités ni de nous considérer comme otages d'une émotion trop commode. Libre à chacun de chercher, d'interpréter et de raisonner à sa manière pour décider du fin mot de toute cette aventure singulière.