Revisionnage. 30 ans après son tournage éclair durant le mois de mars 1995 Evidence continue de hanter notre esprit au gré de l'obsédant et entêtant Facades de Philip Glass : huit petites minutes de pur émerveillement musical conjuguant les mélodies cycliques du compositeur néo-classique new-yorkais à d'étranges images de visages poupons aux regards aussi ouverts que parfois un tantinet vitreux, filmées une fois encore par le maître du cinéma documentaire Godfrey Reggio.
Loin de l'excellence des réflexions méditatives de la trilogie des Qatsi Evidence s'attèle à présenter une petite dizaine de bambins dans le plus simple appareil de visions rapprochées et/ou en gros plans ; au plus près des visages occupés à contempler une télévision que nous ne verrons jamais ( ici la position du spectateur que nous sommes se substitue à celle du petit écran sus-cité ) Godfrey Reggio amorce l'exploration d'une apostrophe quasi-ininterrompue des sujets filmés ( ici les enfants ) à l'adresse des sujets spectateurs ( c'est à dire nous mêmes ) qu'il mènera à un superbe aboutissement dans son plus récent Visitors sorti voilà désormais une douzaine d'années. Entre hypnose des plans resserrés et constatation d'une torpeur juvénile au diapason des enroulements mélodiques de Glass Evidence reste en tout état de cause une oeuvre anecdotique mais assez marquante en fin de compte, qu'il sera toutefois nécessaire de visionner afin de mieux comprendre le génie relatif de Godfrey Reggio. Une curiosité.