J’aime le burlesque horrifique de Raimi, cette manière de faire basculer la terreur dans une mécanique de slapstick macabre, où le corps devient à la fois victime et sujet à drôlerie.Mais précisément pour cette raison, The Evil Dead me laisse plus réservé.
L'énergie du film est indéniable, sa mise en scène déjà furieusement inventive mais elle reste coincée dans une logique de pure agression. L’horreur y est subie, rarement pensée et surtout dépourvue de cette distance burlesque qui permettra plus tard à Raimi de transformer la violence en langage. Ici, le rire n’est qu’un réflexe nerveux.
La violence faite aux corps, notamment féminins, est massive, répétitive, peut-être problématique. Elle ne se métabolise pas encore en forme. Là où Evil Dead 2 ou Jusqu'en Enfer feront du corps un espace de jeu grotesque, The Evil Dead l’écrase, le mutile. Ash lui-même n’est pas encore une figure burlesque. Il n’est qu’un survivant hébété. Le cinéma de Raimi est là, en germe mais encore prisonnier d’une horreur sérieuse, lourde, complaisante.
The Evil Dead est un film fondateur, oui, mais aussi un film que je regarde surtout comme une étape. Ce que j’aime chez Raimi viendra après, quand l’horreur acceptera de se tordre, de se ridiculiser.