L'ascension et la chute du Royaume de Pendragon, focalisée sur l'épée magique Excalibur et avec une imagerie de fantasy médiévale kitsch, du symbolisme et des lumières colorées.
Boorman doit condenser beaucoup de mythes arthuriens, que ce soit les versions d'Antiquité que du Moyen-Âge. Il s'est probablement aussi permis quelques "libertés" (c'est un mythe, en même temps) pour développer son message bien british :
La Terre, c'est le Roi.
Pour autant, Boorman semble reconnaître que y a quelques contradictions dans le mythe, et que ces contradictions ont pu mener à la chute de Camelot : synchrétisme polythéiste-monothéiste (d'où le Dies Irae : la colère DES dieux) ; Merlin à la fois démon et sage ; la Croix aux côtés du Dragon ; un Roi égal parmi ses pairs modestes ; christianisme seulement sous formes de symboles mais peu cité oralement (même le Graal n'est pas référencée comme la Coupe de Jésus, mais plutôt comme une Coupe d'Abondance), etc.
On ajoute à ça un Arthur tantôt sage et humble, tantôt sanguin et auto-destructeur comme son père Uter avant lui. Les deux, d'ailleurs, ont mené leur Royaume à son déclin en négligeant leur responsabilité et en convoitant une femme qui ne les aiment pas vraiment (Ygraine, puis Guenièvre). Merlin avait prévenu que l'Amour pouvait être une malédiction.
Rien que le combat entre Lancelot et Arthur préfigure cette chute : Lancelot est grimé d'argent brillant (avec un Graal sur son armure), tandis que Arthur a une armure noire à l'allure inquiétante.
En plus il brise Excalibur en attaquant un Lancelot pur et innocent, avant de la faire réparer par la Dame du Lac, reconnaissant qu'il a failli une première fois.
La moitié du film devient même plus un film sur Perceval et la quête du Graal, qui s'avère être à Camelot depuis le début de façon symbolique. "La Terre, c'est le Roi" après tout. Ça peut être à la fois giga chrétien et british, mais aussi païen et très celte (certains mythes irlandais antiques associent d'ailleurs magie, nature et souveraineté : d'où la scène avec les fleurs qui réapparaissent au passage d'Arthur).
La quête du Graal devient une (recon)quête de la pureté chevaleresque, celle qui signifiait être un grand guerrier et protéger son peuple, et moins être de sang noble et privilégié
(d'où la scène où un Lancelot vieilli et prédicateur reproche aux chevaliers d'être impurs et parvenus, et donc responsables des famines et épidémies).
C'est pour ça que Arthur et ses alliés battent Mordred et ses troupes à la fin. Avant de connaître finalement un Ragnarok, un Crépuscule des Dieux (d'où la musique de Wagner, en dehors de "Dies Irae") avec un soleil couchant d'un rouge sang.
Perceval rend donc Excalibur à la Dame du Lac, pour qu'elle ne tombe pas entre les mains d'un successeur despotique comme Mordred, le sang des Pendragon étant maudit.
Mordred n'est même pas vraiment un vilain, il est surtout la vengeance de Morgane (qui a perdu sa mère et son père à cause de Merlin et Uter). L'état du royaume est plus dû à l'abandon des responsabilités d'Arthur comme dirigeant qu'autre chose. Intéressant aussi de voir que Morgane fait plus office de Viviane également dans ce film.
Vu qu'elle enferme Merlin dans un crystal de la Caverne du Dragon d'où la Terre et l'enchanteur tirent leur pouvoir. Un peu comme Viviane enfermait Merlin dans un arbre dans certains contes. Mais Merlin, à défaut de se libérer, influence Morgane pour qu'elle s’autodétruise tel un démon mauvais conseiller.
Oui, je suis un rêve. Un cauchemar pour d'autres !
Excalibur est donc ici une regalia d'abondance, pas un simple sceptre armé ou une épée royale, elle peut apporter aussi bien la mort et la désolation que la paix et la joie. Or, la détenir implique de partager cette même abondance et de savoir pardonner à ses ennemis sans renoncer à ses devoirs. L'utiliser pour ne faire que tuer, surtout des innocents, est une faute. L'abandonner également car c'est se fuir aussi bien soi-même que son peuple.
Arthur, de sang royal mais élevé modestement, l'a appris durement en vivant à la fois l'ascension et la chute de Camelot. Sa mort, toutefois, n'est pas la mort de la Terre, puisqu'il a rendu l'Épée à la Dame du Lac qui représente la Nature. Son enterrement à Avalon (bien que non citée dans le film) est peut-être aussi le symbole de la fin de l'âge d'or des rois antiques britanniques et des créatures magiques mais chaotique, et l'avènement d'un ère de christianisme moins enchanteur mais enfin apaisé.
Bref, Excalibur de John Boorman est une représentation digne de l'épopée épique arthurienne dans ses hauts et ses bas.