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le 30 sept. 2026
SuivreCritique de Exit Smiling par Deep-deep-sea
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<i>Ce texte est lié de l'article général sur <a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://boxd.it/orqAq">les actrices comiques du cinéma muet</a></i>.
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<i>Spoilers.</i>
Ce fut le petit joyau de la rétrospective. <i>Exit Smiling</i> repart d’un personnage féminin promis à une vie meilleure, mais reformule cet espoir différemment, à la manière d’un rêve de gosse (celui de devenir grande actrice). C’est là toute la différence : si certaines de ses collègues se retrouvent à gravir l’échelle sociale à leur corps défendant, presque sans l’avoir voulu, Béatrice Lillie a elle de grandes ambitions jamais réalisées ; si les autres jouent d’un érotisme lié à l’innocence ou à l’ingénuité, Lillie agit réellement comme une gamine enfermée dans un corps adulte (jusque dans sa façon, très adolescente, d’aimer à distance). Elle épouse en cela l’imagerie des vieilles filles – et c’est, de fait, la seule des actrices américaines à ne pas être "belle" ou "séduisante", au sens où c’est ce qui intéresserait la caméra.
Son rapport à la pauvreté et à la richesse diffère également, au sens où il n’est pas l’affaire d’allers-retours entre deux milieux. Il est plutôt celui d’un Chaplin, c’est-à-dire une affaire autonome, en vase-clos, qui s’exprime au sein-même du corps de l’actrice : prétentions à avoir des manières nobles, maladresse à les atteindre, mille et une façons ingénieuses de pallier ces manques. L’ombre de Charlot plane de manière plus générale sur le film (le pathétique s’invitant dans l’humour, cette fin laissant l’héroïne à l’état où elle a débuté...), mais Keaton est tout autant convoqué : comme lui, l’héroïne butée traverse les catastrophes sans s’en rendre compte, essayant de rester résolument stoïque (c’est-à-dire continuer à jouer son rôle) au beau milieu du chaos.
La grande beauté du film est la manière dont l’humour, en de discrets glissements, y laisse si facilement place à une humeur défaite. Ainsi lorsque Violet, qui essaye de se faire passer pour une star devant le jeune homme qui l’intéresse, se voit soudain confondue (on lui demande d’aller faire le ménage), le film ne se repaît pas du quiproquo – mais enchaîne au contraire sur un moment simple et doux-amer, où la jeune fille, percée à jour, vient s’asseoir aux côté du garçon compréhensif... On est loin de cette façon dont l'émotion, dans les autres films, va poindre du comique et de son énergie : elle naît plutôt ici de sourdes phases mélancoliques, où l'humour laisse soudain place à un grand vide.
Cette tristesse sous-jacente est le moteur secret du jeu de Béatrice Lillie. <i>« C'est pour cela que vous vivez, non ? »</i> lui fait le jeune homme tout sourire dans la scène finale, lui promettant qu'un jour elle aura son grand rôle. Et bien sûr que non : elle vivait pour l'amour, pour être heureuse – et toutes les simagrées, bizarreries, et outrances qu'elle avait déchaînées pour jouer, tout son potentiel comique en somme, cachaient une femme qui était simplement seule, et triste. Le scénario fataliste particulièrement bien ficelé, qui confond la pièce de théâtre et le récit du film lui-même, le romantisme idéalisé et sa cruelle expérience dans la réalité, vient donner à cette belle comédie des couleurs presque tragiques.
Créée
le 30 sept. 2026
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