Une clôture. Rien qu'une clôture, entre deux maisons qui pourraient se voir sans elle. Extinction commence par ça : Miguel Ángel Vivas filme moins une invasion de créatures qu'une frontière qu'on a construite soi-même, planche par planche, pour ne plus avoir à parler à son voisin.
Le film ouvre pourtant dans le chaos, un bus, une évacuation, des cris, du sang. Puis plus rien. Le silence retombe sur Harmony comme une couverture qu'on referme sur un lit vide. C'est ce contraste qui porte tout le film : la violence d'un côté, l'absence de l'autre, et au milieu, deux hommes qui ont choisi la seconde plutôt que d'affronter la première ensemble.
Patrick et Jack ne se battent pas contre des morts-vivants ordinaires. Vivas a fait évoluer ses créatures : elles ne titubent plus, elles rampent, elles s'adaptent, elles ont appris à survivre au froid qui a tué tout le reste. Ironie du film : les monstres évoluent, les hommes non. Le seul organisme du récit qui refuse de changer, c'est la rancune entre les deux voisins.
La neige, elle, tombe un peu trop parfaitement pour être honnête, un flocon artificiel qui trahit sa fabrication à chaque plan trop symétrique. Mais cette imperfection devient presque un aveu : rien ici n'est naturel, ni le blizzard ni le silence entre les deux hommes, tout a été construit, entretenu, décidé.
Jeffrey Donovan et Matthew Fox ne jouent pas des survivants au sens classique, ils jouent l'art de tenir une porte fermée. Littéralement, dans la scène de siège qui referme le film : deux hommes qui bloquent une porte à mains nues, dans un geste qui vaut pour tout ce qu'ils n'ont jamais réussi à bloquer entre eux avant.
Ce n'est pas un survival horror, même si on nous le vend comme tel. C'est un film sur une frontière qu'on entretient volontairement, et sur ce qu'il faut affronter dehors pour accepter de la démonter dedans.
On a beaucoup reproché au film son rythme mou et ses effets datés. Peu ont vu le vrai geste : celui d'un cinéaste qui préfère la tension d'un couloir vide à celle d'un jump scare, et qui ose ouvrir sur le chaos pour mieux nous priver ensuite de toute agitation.
On pense forcément à I Am Legend pour ces créatures qui ont appris à chasser en meute, sauf qu'ici, le vrai prédateur ne rampe jamais dans le noir, il vit juste de l'autre côté d'une clôture.
Il ne cherche pas à nous faire sursauter à chaque plan. Il veut qu'on remarque la clôture avant les monstres.
Un film raté pour certains, un film patient pour d'autres. Peu importe au fond.
Extinction remet en scène ce qu'on refuse d'affronter chez soi : la frontière qu'on construit sans le dire, le silence qu'on entretient comme une clôture, la peur de démonter ce qu'on a mis des années à ériger.
On ne sort pas d'Extinction en pensant aux créatures qui rampent dans la neige. On en sort en pensant à toutes les clôtures qu'on a laissées debout entre soi et quelqu'un qu'on n'a jamais cessé d'aimer.
Alors, qu'est-ce qui fait vraiment peur : ce qui rampe dans le blizzard, ou cette clôture qu'on entretient soi-même, planche après planche ?
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