Le sulfureux Eyes Wide Shut est souvent cité comme une référence cinématographique. Pourquoi ? Dernier film de Kubrick, mettant en scène le couple glamour du moment - à savoir Nicole Kidman et Tom Cruise - Eyes Wide Shut nous plonge dans un univers sombre et fermé, difficile à appréhender, puisqu'il met sur la table la thématique du couple, de la relation à l'autre, qu'elle soit charnelle ou pas, mais aussi la déconstruction identitaire de soi qui peut en découler lorsque la passion vire à l’obsession.
La première chose qui m'a frappée visuellement dans ce film, c'est que le personnage de Nicole Kidman est finalement assez peu présent. Il crève l'écran dans les premières scènes, c'est indéniable, mais Kubrick réussit par la suite le tour de force d'en faire un personnage omniprésent quoique très peu filmé dans le reste du film, qui se concentre finalement sur les errances nocturnes d'un Tom Cruise en quête de sa propre identité. Son périple permet de mettre en évidence un certain nombre de thématiques relatives à la vie de couple : comment vivre avec l'autre ? Plus encore, comment vivre avec l'autre et avec soi-même ? Comment réussir le pari d'une confiance mutuelle ? A partir de quand trompe-t-on réellement l'autre ? Connaît-ton jamais réellement la personne avec laquelle on partage sa vie ? Au-delà de ces interrogations métaphysiques, la thématique du sexe et de la relation charnelle avec l'autre - ou les autres - est bien évidemment exploitée par Kubrick dans toutes ses dimensions, et ce dès les premières scènes du film. L'engagement, le mariage (car finalement, qu'est-ce réellement ?) sont aussi au cœur des préoccupations d'un Tom Cruise fabuleusement déboussolé, qui évolue dans une atmosphère pesante et mystérieuse, rappelant peut-être parfois La Neuvième Porte. La profondeur des personnages, l'irrésolution finale des questionnements intérieurs du Dr. Hartford, la qualité visuelle du film et l'excellente utilisation de la musique font d'Eyes Wide Shut un dernier film qui démontre - s'il le fallait encore - tout le génie d'un réalisateur pluriel et dont le travail aura marqué, dans le cinéma, toute la seconde moitié du XXème siècle.