Ils sont jeunes, ils sont beaux et riches. Et le couple qu'ils forment est incarné par deux stars hollywoodiennes également unies à la ville. Ce choix de réunir Tom Cruise et Nicole Kidman et d'exposer leur couple authentique dans des scènes intimes et quelques fois impudiques n'est pas vain ou complaisant. Dans cette intrigue indécise et mince, leur statut confère à la relation entre William et Alice un singulier relief, voire une capiteuse sensualité, assumée non sans courage par les deux acteurs.
Stanley Kubrick évoque quelques heures de la vie d'un couple et plus particulièrement le trouble né dans l'esprit de William après que son épouse lui a révélé un fantasme, un désir sexuel dont il est exclu. Cette infidélité virtuelle qui le bouleverse l'amène le temps d'une nuit à s'exposer à quelques expériences érotiques, en témoin intrigué et postulant velléitaire.
Sur le couple et les fantasmes secrets que chacun des deux nourrit en son sein, Kubrick ne dit rien qu'on ne sache déjà. De même, le sujet, adapté d'Arthur Schnitzler, ne contient aucun effet, aucun élément dramatiques. D'où vient alors que l'on suive avec intérêt, comme hypnotisé, les conversations entre Alice et William puis l'errance nocturne de celui-ci?
Toute simplement d'une mise en scène inspirée et brillante qui est la marque de fabrique des films de Kubrick. La lenteur du récit, les cadrages particuliers et inquiétants et le caractère insolite, voire irréel, de certaines séquences (dont celle, qui restera fameuse, où William découvre une très mystérieuse et ésotérique cérémonie érotique, qu'on qualifierait ailleurs de partouze de luxe) créent une atmosphère très étrange, surnaturelle, d'où émane un suspense indéfini.
Sensuelle et chargée de mystère, la mise en scène, sous sa forme sophistiquée, illustre finalement une mini-crise conjugale.