Failan puise ses inspirations dans la littérature. On pense à Tchekhov et sa nouvelle Trois ans, temps nécessaire pour qu'une femme aime un mari épousé sans amour. Et temps fatal à l'amour du mari, fatigué d'essayer de lui plaire... Mais c'est surtout l'adaptation de Love letter de Jîro Asada où un voyou tombe amoureux d'une prostituée. Dans les deux cas, le thème est le décalage entre l'amour et le temps.
Ici pas de prostituée. Mais il y a un minable. Qui vend des pornos aux ados, et qui par calcul épouse un jour une pauvre fille qu'il ne rencontrera seulement jamais. Les circonstances font que, des années après, il doit prouver que le mariage n'était pas bidon. Pour ça, il doit tout apprendre de cette inconnue qu'il n'a jamais vu. Et en découvrant qui elle est, il en tombe réellement amoureux... Sauf qu'il y a quand même un souci, c'est qu'il fait tout ça pour identifier son corps parce qu'elle vient de mourir... Le voyage pour rejoindre la défunte devient alors autant un long calvaire qu'une renaissance. Car, au fil des minutes, il réalise que l'inconnue aurait pu incarner sa rédemption et la chance de sa vie. Si seulement il avait eu l'idée de la connaitre de son vivant...
Sur la forme, c'est assez bien construit. La première partie détaille un quotidien sordide, partagé entre rackets, vidéos pornos, règlements de comptes et frime pathétique. Et au moment où on finit par oublier le thème, le film change du tout au tout.
Choi Min-Sik n'était pas encore mondialement connu, mais on voit clairement qu'il était déjà un acteur au-dessus de la moyenne. Et parce qu'il raconte quelque chose d'assez fort, Failan dépasse de beaucoup le cadre habituel du mélo.