L'affiche fait un peu peur. Elle évoque un drama coréen bien pathos et bien lourdaud. Mais dès la première scène, on comprend que le film est d'un tout autre calibre. Et si on y réfléchit vraiment, A normal family va même très loin, et jusqu'à des thèmes peu - voire jamais - explorés.
Le film est clairement construit autour de la figure du miroir. Ses personnages ont des tempéraments diamétralement opposés. Ça, on l'aura compris dès la bande-annonce. Mais qui plus est, leur édification les conduit à faire le chemin inverse de leur alter ego, de sorte qu'ils se croisent sans jamais se rejoindre. Dans le cinéma coréen, le seul exemple aussi réussi dans l'évolution des personnages remonte à Memories of murder. Et quand un film de ce niveau vient à l'esprit côté référence, c'est plutôt bon signe. Enfin, le scénario intercale habilement deux histoires qui a priori n'ont rien à voir mais qui, là aussi, résonnent l'une avec l'autre par un jeu de symétrie.
Thématiquement, on retrouve les interrogations de la société coréenne sur les inégalités sociales, comme dans Parasite. Mais là où le film apporte une contribution originale, c'est sur le regard qu'il porte sur la déshumanisation de la société moderne, et son manque d'empathie. Ce n'est évidemment pas Squid Game mais le propos n'est pas différent. Ici, l'originalité ne vient pas de la violence graphique des images (encore que...), mais sur le constat qu'il tire des jeunes générations, qui fait froid dans le dos. C'est terriblement inconfortable vu l'actualité récente ici-même... Et il n'y a par ailleurs aucune chance qu'un propos pareil puisse être mis en scène en France dans les prochaines années sans soulever des flots de commentaires. Sur la forme, l'issue donne l'impression d'un twist tellement le spectateur rejette une idée qui lui est pourtant indiquée en jaune fluo, et qu'il refuse de voir tout le long du film. On quitte donc le film assez sonné.
En clair, si le cinéma coréen avait tendance à s’essouffler largement ces dernières années, A normal family lui redonne ses lettres de noblesse.