Il est toujours gênant pour le spectateur d'être en avance sur ce que ne sait pas et finit toujours par savoir le héros d'un film. Dans le nouveau film de l'italien Marco Bellocchio, on pourrait dire que l'écart se compte en années, voire en décennies. Pour générateur potentiel d'ennui et de décrochages qu'il constitue, sentiment lui-même renforcé par la longueur du film, il n'est pas non plus un réel obstacle à suivre l'histoire tragique de Massimo qui perd subitement sa mère en pleine enfance. Les années à venir, comme écolier, puis journaliste sportif avant de devenir reporter de guerre, seront l'occasion de rencontres et d'événements qui ne cesseront de raviver ou d'entretenir la douleur et le chagrin.


Le réalisateur de La Belle endormie propose ainsi une narration éclatée entre temporalités et lieux (Turin, Rome mais aussi Sarajevo) dans un dispositif un peu complexe dont on ne saisit guère l'intérêt ou la fonction. Le film réserve tour à tour de magnifiques scènes (la leçon d'astronomie, le rendez-vous nocturne avec un mystérieux joueur de poker) et des séquences plus laborieuses : les deux personnages féminins joués par des actrices françaises pêchent par leur signification et leur lourdeur. Ainsi Emmanuelle Devos est-elle une mère de subsitution théâtrale et grandiloquente et Bérénice Bejo un joli médecin au cœur d'artichaut.


Si Massimo enfant et adolescent nous émeut vrament par sa gravité et sa douleur intériorisée, il semble s'éloigner de notre compassion lorsque devenu adulte, il tourne en rond dans sa souffrance et, du coup, le film se prend au piège d'une complaisance facile et lassante et paraît ne jamais vouloir se terminer.

PatrickBraganti
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Films vus en 2017

Créée

le 10 janv. 2017

Critique lue 905 fois

Critique lue 905 fois

8
3

D'autres avis sur Fais de beaux rêves

Fais de beaux rêves

Fais de beaux rêves

6

PatrickBraganti

536 critiques

Mia madre

Il est toujours gênant pour le spectateur d'être en avance sur ce que ne sait pas et finit toujours par savoir le héros d'un film. Dans le nouveau film de l'italien Marco Bellocchio, on pourrait dire...

le 10 janv. 2017

Fais de beaux rêves

Fais de beaux rêves

9

Fleming

602 critiques

Chapeau, maestro !

Visconti, Fellini, Antonioni, Comencini, Pasolini, Rossellini, de Sica... Avec "Fais de beaux rêves", Marco Bellocchio (77 ans) se montre digne de ses illustres prédécesseurs italiens. Son film est...

le 2 janv. 2017

Fais de beaux rêves

Fais de beaux rêves

5

Multipla_Zürn

157 critiques

Critique de Fais de beaux rêves par Multipla_Zürn

Trois impressions concomitantes à la vision du dernier Bellocchio : 1. J'ai déjà vu ça cent fois, me suis-je dit dès la première scène. 2. Mais quand même, même si le film est banal, Bellocchio...

le 29 déc. 2016

Du même critique

Jeune & Jolie

Jeune & Jolie

2

PatrickBraganti

536 critiques

La putain et sa maman

Avec son nouveau film, François Ozon renoue avec sa mauvaise habitude de regarder ses personnages comme un entomologiste avec froideur et distance. On a peine à croire que cette adolescente de 17...

le 23 août 2013

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

La Vie d'Adèle - Chapitres 1 et 2

4

PatrickBraganti

536 critiques

Adèle Euh

Même si le film s’articule autour de l’histoire d’amour entre Adèle et Emma, de la naissance (et bien avant) à la rupture, son titre ne mentionne que le prénom de la première, précédé de ‘La Vie ‘ et...

le 18 oct. 2013

Pas son genre

Pas son genre

9

PatrickBraganti

536 critiques

Le philosophe dans le salon

On n’attendait pas le belge Lucas Belvaux, artiste engagé réalisateur de films âpres ancrés dans la réalité sociale, dans une comédie romantique, comme un ‘feel good movie ‘ entre un professeur de...

le 1 mai 2014