Leo est un catcheur en fin de carrière, opérant pour la ligue fictive de WWWT, fatigué de devoir se battre sur le ring, dans des combats qui ne sont plus que des parodies de ceux qu’il a pu avoir par le passé, mais aussi avoir à affronter son promoteur, un type légèrement carriériste prenant assez peu de pincette avec son poulain.
Le récit de ‘’Fancypants’’ nous plonge dans les coulisses du catch semi-amateur, un univers où l’argent règne en maître, et contrôle l’issu des combats. Qui sera vainqueur, qui sera perdant, cela ne dépend que des promoteurs, et de l’adoration du public pour tel ou tel personnages. Leo, le ‘’Lion Bleu’’ a la chance d’avoir pour lui une petite base de fans, et surtout Tommy, un jeune ado qui l’idolâtre outrancièrement.
Dans un premier temps le film de Joshua Russell a un peu de mal à convaincre. Mise en scène plate, image peu soignée, acteurs assez moyens, intrigue lente à se mettre en place, et le personnage de Tommy, tout simplement agaçant. Seules quelques petites blagues viennent ponctuer un ennui qui pointe. Notamment le running gag de l’un des deux commentateurs tv, incarné par le regretté Roddy Piper, qui a chaque prise de parole ne peut s’empêcher de répéter ‘’Du temps où j’étais catcheur…’’ avant de se faire systématiquement couper la parole.
Un humour qui fait mouche donc, et qui parvient à accrocher un peu l’attention. Avec son rythme à l’oscillation tragi-comique, le métrage colle à Leo, bon gars peu bavard, un peu à côté de la plaque, se laissant bouffer par un entourage toxique, mais qui semble pourtant bien conscient de tout ce qui lui arrive. Peut-être trop même. Désabusée sans être cynique pour autant, bien au contraire, il laisse ça à ceux qui gèrent sa carrière.
Et puis à un moment la mayonnaise prend. Peut-importe les défauts formels, sans le réaliser des enjeux se sont mis en place, à hauteur humaine, et une véritable intensité dramatique se dévoile. Sans laisser pour autant l’humour au vestiaire. D’un coup d’un seul le métrage se met en fait à parler avec le cœur.
Avec une intrigue toute simple, et un rythme calé sur celui de la vie, lent, puis intense, puis lent, ‘’Fancypants’’ vient exposer des thématiques reliant Leo à Tommy (qui à mesure que le métrage avance est de moins en moins agaçant, jusqu’à devenir vraiment attachant) et à la mère de ce dernier. Une relation naît alors entre les deux adultes, en toute pudicité.
Sans tomber dans le drame larmoyant, le film de Joshua Russell s’avère au final plutôt poignant, même émouvant dans son dernier quart d’heure. Sans facilités, et avec un certain sens du dramatique, qui ne sombre pas dans l’hyperbole métaphorique, en présentant un récit simple et humain. Décliné comme tel à l’écran, il n’existe pas de super héros, le happy-end c’est rarement vrai, et l’abnégation de sois est devenu encore plus rare.
Ainsi, sans le réaliser, on ressort de ‘’Fancypants’’ un peu pantois, face à une petite leçon de vie, sans virtuosité, sans visuel stylisé, sans patte et sans fioriture. À croire que Joshua Russell a juste prit sa caméra, demandé à des gens de jouer son texte, et a appuyé sur ‘’rec’’. Et il réussit comme ça à capter un certain mouvement du réalisme.
Même si le métrage met du temps à démarrer, et qu’il est difficile de rentrer dedans tout de suite, ce qui est le plus dommageable, ça vaut le coup de rester devant, pour tenter de se laisser prendre, à son insu. Les défauts de ‘’Fancypants’’ devenant presque ses qualités, ou du moins sa marque de fabrique, donc son identité. Et c’est finalement tout ce que l’on peut attendre d’une œuvre originale sans prétention.
-Stork._