Nous voici arrivés au deuxième volet de la trilogie qui repart du point exact de l'arrivée du premier volet "Marius". Fanny, s'évanouit dans les bras de César tandis que "la Malaisie" traverse le Vieux Port …
Fanny est toujours évanouie dans le deuxième volet, dans les bras de César tandis que "la Malaisie" s'éloigne, majestueuse …
Après le succès du film parlant "Marius", Pagnol a bien envie de remettre l'ouvrage sur le métier en adaptant au cinéma sa deuxième pièce "Fanny". Cette fois, il en confie la mise en scène à Marc Allégret … Et on peut noter une évolution dans la mise en scène peut-être un peu moins théâtrale, plus aérée, avec, par exemple, de longs travellings (l'errance de Fanny dans Marseille).
D'un point de vue scénario, la tonalité de "Fanny" est plus mélodramatique que le premier volet. C'est qu'en première partie, le destin avait laissé un certain nombre de portes ouvertes. On est encore dans un monde où tout reste possible. Même à la fin. Il suffisait que …
Dans "Fanny", tel que dans une tragédie grecque, le destin abat ses cartes et fige définitivement le sort des différents protagonistes de "Marius". Si "Marius" est le film de l'aventure qu'elle soit maritime ou amoureuse, "Fanny" est le film de la normalisation. Dans le premier film, on est adolescent, on rêve et tout semble permis. Dans le deuxième, on franchit, non sans douleur, le passage vers l'âge adulte.
Et si Fanny franchit le pas en début de film, Marius, de retour de sa folie maritime, ne deviendra adulte qu'à la fin, où il comprendra son erreur. Et les deux scènes d'explication Fanny/Panisse puis Fanny/Marius sont, pour moi, les deux plus belles scènes du film. Mine de rien, ces deux scènes préparent la suite, le troisième volet …
Bien sûr, il faut admettre un contexte, réel, presqu'incompréhensible aujourd'hui, où le sort des filles-mères n'était pas enviable et pouvait facilement se traduire par le rejet pur et simple de la fille, à l'extérieur de la famille.
Orane Demazis s'impose beaucoup mieux dans ce film où son rôle a des accents beaucoup plus tragiques. Elle me semble plus à l'aise dans des rôles graves comme dans "Fanny" (ou plus tard, "Regain" ou "le schpountz") où elle doit se prendre en main et trouver, seule, la meilleure solution face à un monde d'adultes pas forcément bienveillants.
Pierre Fresnay est excellent (comme toujours) dans son personnage du mec qui s'est lamentablement planté dans son choix de vie. Il n'y a que dans la SF qu'on peut revenir en arrière, pas dans la vraie vie.
Les personnages joués par Raimu et Charpin me paraissent un peu mieux équilibrés que dans "Marius". "On a tué le scaphandrier" dans une belle scène, plutôt comique, où les deux vieux arrangent leurs rôles respectifs face à une Fanny et son futur fils.
Et pour finir, l'excellent acteur Edouard Delmont, éternel second rôle chez Pagnol, change de métier ! Dans "Marius", il était le second de la "Malaisie" qui cherche à recruter Marius. Dans "Fanny", il est le docteur Venelle …