Bon, je vais essayer de ne pas être trop rude, car ce documentaire a de belles qualités techniques (superbe photo, personnage très attachant, capacité à plonger dans l'intime, montage mené d'une main experte…), mais la réalisatrice Marjolijn Prins a hélas tenu — me semble-t-il — à projeter ses propres illusions et caricatures sur une réalité qui n'était peut-être pas à la hauteur de ses attentes. Je pense par exemple à certaines scènes fictionnalisées où Fanta (l'héroïne) (une ado 100 % pure citadine de Conakry — qui est une grande ville) va faire une sorte de retour à la nature. Le problème ici est qu'on sent clairement que Fanta n'a que peu de rapport avec ce monde sauvage fantasmé dans lequel l'auteure tente de la mettre en scène. Même le rêve de danse de cette adolescente n'a aucun rapport avec cette sorte de "ressource" dont elle (Fanta) aurait besoin pour se dépasser. Je ne vois ici simplement (et malheureusement, il faut le dire) qu'un sempiternel cliché, la vision coloniale d'une Afrique encore proche d'un monde sauvage, un pur fantasme de réalisation. Cela est problématique sur deux points : éthiquement, lorsque l'on connait les ravages que ce genre de visions purement occidentales font sur nos sociétés, et sur l'écriture, car, en matière de documentaire, être à ce point éloigné des réalités de ses propres personnages est problématique, puisqu'on le sent forcément à l'écran et c'est très gênant. Si l'on veut projeter ses fantasmes sur un réel, alors il faut assumer un peu plus son propre point de vue dans l'écriture même (cf. la plupart des films documentaires de Werner Herzog).
Ajoutons à cela que le film ne laisse reposer sa progression que sur un élément : Fanta va-t-elle trouver la force de continuer à s'entraîner ? Alors oui, il est dramaturgiquement bon que le personnage principal d'une histoire ne s'éparpille pas sur plusieurs objectifs, mais quand même, on peut broder un peu autour pour nous donner autre chose à nos spectateurs que de la bonne vieille training-scene et du "C'est dur, regardez comme c'est dur…" sur une heure… C'est répétitif à la fin… Les conflits de la maladie de la mère et de la réussite de Fanta à l'école sont heureusement là pour nous sortir un peu des entraînements, mais ils sont hélas trop peu exploités, et cela au profit des scènes hallucinatoires junglesques qu'une réal occidentale a voulu projeter à tout prix sur cette histoire — peut-être pour atteindre une certaine durée ?
En bref, un film globalement beau, presque contemplatif, mais pas totalement non plus (donc perturbant), et un peu problématique quand même…