Fata Morgana se découpe en trois parties : La création, Le paradis et L’âge d’or. Une fata morgana est un phénomène optique qui résulte d’une combinaison de mirages.
Les médecins volants de l’Afrique de l’est (1970) se ferme sur le décollage d’un petit avion. Fata morgana s’ouvre sur l’atterrissage d’un avion de ligne. Or il est suivi par un autre. Puis encore un autre. Le même plan – filmé à l’aéroport de Munich. On croirait un bug. Or quelque chose change à chaque fois. Une lumière différente, une sonorité différente. Des oiseaux ici, pas là. Un mirage de chaleur plus prononcé ici que là.
Cette étrange ouverture sera à l’image du film (presque) tout entier, clairement l’un des plus pétés d’Herzog, qui livre une transe à la fois absconse et grisante. L’oiseau de fer qui n’en finissait plus d’atterrir au préalable, on le retrouve – lui ou un autre – en carcasse abandonnée dans le Sahara. Suivent des animaux morts. Des créations humaines à peine visibles dans les distorsions optiques provoquées par la chaleur. Des mirages lointains. Le tout faisant se succéder de nombreux travellings sur le désert. En voix off, relativement parcimonieuse, le mythe de la création. En musique, Mozart ou Leonard Cohen.
C’est quasi un film de science-fiction ou post-apo, débarrassé des lois narratives, sinon la ligne directrice que la création est d’abord une succession d’échecs. Répétitions et carcasses. Je me demande alors – durant cette énigmatique première partie – si ce n’est pas le plus beau film d’Herzog. Véridique.
Puis Fata Morgana se fane. Le film devient son propre mirage. Son étonnant et savant collage d’images, textes et musiques, se perd dans des reconstitutions un peu lourdes. En somme dès l’instant qu’il filme la partie humaine (le paradis puis l’âge d’or) de son voyage dont on ne retient que des apparitions un peu froides, corsetées là où ses paysages suffisaient au préalable à rendre l’objet étrange et fascinant. Les images étaient folles, d’ailleurs. Elles le sont moins, ensuite. Ce n’est pas très grave : cette première partie m’a scié.