Cela se passe à Nitra, à l'ouest de la Slovaquie, mais la même chose a déjà eu lieu, en d'autres circonstances, dans bien des endroits du monde. Le fait divers que raconte Father est de ceux qui sont relatés dans les journaux, suscitant l'effroi et la sidération, au minimum, en réaction à ce qui peut être qualifié de crime ou d'accident, selon sa propre sensibilité. Pour son récit, rempli de tensions et de sentiments mélangés, Tereza Nvotová, dont les deux premiers longs métrages ne méritaient pas de passer inaperçus, notamment Sans jamais le dire, a opté pour de longs plans-séquences, qui montrent la pression du quotidien d'un couple dans une vie partagée entre famille et travail, avant de scruter avec acuité l'intime, après le basculement dans un cauchemar qui n'a rien de climatisé. Notons au passage que le synopsis du film révèle beaucoup trop de l'intrigue, alors que le choc est bien plus fort quand on ne sait rien de son sujet. Ce qui est admirable, c'est la manière dont la cinéaste nous attache à son personnage principal et à ses failles, trouvant une empathie à son égard, alors qu'il aurait été plus simple de le condamner sans aucune autre forme de procès. Cela ne le dédouane pas de son acte, mais participe à un jugement qui n'est pas lapidaire. Milan Ondrik, qui est de la plupart des plans, réussit la prouesse de ne jamais surjouer, en particulier dans l'émotion, et contribue à rendre passionnante et viscérale cette descente aux enfers personnelle.