La dernière image ? Tant et tant... Des images folles mais peut-être vais-je retenir deux moments : le premier est ce travelling invraisemblable alors que Faust est entraîné par Mephisto sur sa cape volante. Je ne sais toujours pas comment ce morceau d'anthologie a pu exister. J'aimerais en percer le secret. L'autre moment pour son émotion dingue est ce moment où Gretchen, véritable statue de la Vierge Marie à moitié ensevelie, croit dans son agonie déposer son bambin dans un landau alors que la tempête de neige bat son plein... Mais tant d'autres !
D'abord, je me dois de dire combien j'ai été estomaqué par ce Faust qui pour l'époque (1926 !!!) mais encore aujourd'hui vous laisse sur le derrière après un coup net à l'estomac. C'est le premier Space Opéra de l'histoire du cinoche, il n'y a pas d'autre mot. Je ne vois d'ailleurs que Tarkovski, Russell, De Palma ou John Boorman plus tard à pouvoir se hisser à de telles altitudes...
Des décors aux éclairages, des effets spéciaux au jeu magnifique d'Emil Jannings (déjà exceptionnel dans Le Dernier des hommes), on est pris dans le mythe et la caméra parvient à nous le rendre palpale, crédible, on en reste baba... Chaque plan est un tableau, une peinture jouant sur les clairs et les obscurs pour illustrer l'indémodable lutte entre le Bien et le Mal.
Par ailleurs, Les visiteurs du Soir (1942) que mon père adorait, que j'ai tant aimé dans une veine fantastico-poétique magnifiée par le génie de Prévert, m'apparaît soudain comme un film ayant puisé directement sa substantifique matière dans Faust. On comprend en le voyant la parenté "Mephistophélique" évidente qui se dessine entre Jules Berry et Emil Jannings. Mais d'autres idées émanent de Goethe et du film de Murnau : le duel et la mort du frère provoqués tous deux par le Diable (on retrouve cette idée avec Dominique alias Arletty à l'origine d'un duel à mort dans le Carné). Egalement cette belle idée que Gretchen ne reconnaisse pas tout de suite son amoureux (même idée dans les visiteurs du Soir avec l'amnésie provoquée par le Diable)... Bref toute la divine poésie fantastique de Faust réside dans cette idée majestueuse que l'amour triomphe du mal même quand tout est perdu. Ce final peut d'ailleurs rappeler celui des Proscrits (V. Sojsberg)
On est entré ici par le conte fantastique (Hoffman, Dante, Poe), on a vécu le conte Horrifique (H.P. Lovecraft) par ses décors cauchemardesques traversés par des cavaliers de l'Apocalypse tout droit sortis des enfers et l'on finit sur le bûcher de la sainte Jeanne d'Arc (ou presque) en célébrant le mot le plus beau du monde : LIEBE.
Ich Liebe dich Faust !